Presse
SOUS LEURS PIEDS, LE PARADIS
LIBERATION (2 juillet 2012)
El-Meddeb et Lebrun, un appel à la liberté
A Montpellier, le subtil «Sous leurs pieds, le paradis» vibre comme un écho chorégraphique au printemps arabe.
Par MARIE-CHRISTINE VERNAY
Radhouane el-Meddeb en rêvait : danser sur une des chansons les plus populaires d’Oum Kalthoum. Pas seulement un extrait, comme dans une pièce précédente, le solo Pour en finir avec moi, mais la partition entière, cinquante-cinq minutes. Pour cette première, coproduite par le festival Montpellier Danse, il a fait appel à Thomas Lebrun, directeur du Centre chorégraphique national de Tours. Il fallait une admiration sans faille pour la chanteuse et ne pas rejeter un certain lyrisme : le résultat est plus que convaincant. En short et en maillot de corps, Radhouane el-Meddeb met sa passion au service de plus fort(e) que lui. Il est avalé par la musique de Riad Essoumbati, par la voix presque masculine d’Oum Kalthoum et par le poème Al Atlal («les Ruines») de l’auteur égyptien Ibrahim Naji.
Créée en 1966, lors d’un concert au Caire, la chanson est un appel à la liberté : «Donne-moi ma liberté, lâche mes mains/Moi, j’ai tout donné il ne me reste rien/Ah ! Tu as fait saigner mon poignet avec tes chaînes/Pourquoi les garderais-je elles ne me tiennent plus/Je garde le souvenir des promesses que tu n’as jamais respectées/Je suis fatiguée de cette prison, j’ai le monde pour moi.» En 1967, elle deviendra une sorte d’hymne patriotique lors de la défaite de Nasser contre Israël. Le contexte est chargé, mais la pièce ne cède à aucun autre appel que celui de laisser transparaître par le corps l’impérieuse nécessité de créer.
Sans faire la diva, le danseur, par ailleurs excellent comédien, reprend la gestuelle maternelle. Les mains en constante activité sont à elles seules un langage complexe qui disent douleur, révolte, pouvoir, solitude. La chorégraphie et la mise en scène de Thomas Lebrun gèrent parfaitement cette multitude de gestes, jusqu’aux youyous de fêtes ou de deuil que, selon la tradition, les hommes n’ont pas le droit d’exécuter. Des courses à perdre haleine, une danse du ventre au sol, des coups de hanche, un petit cul nu qui apparaît, des paumes qui se tendent pour implorer ou tenir le sabre, des lâchés dans la tête comme pour un début de transe, des tensions lorsque le corps est pris dans un rideau de scène comme dans une burqa : le spectacle se place délibérément du côté des femmes.
Ce qui pourrait paraître suspect, n’eût été l’engagement connu des deux artistes et la dose d’humour qui se mêle à la gravité du propos. Ils ont la bonne distance au tragique, même si tout finit par un linceul blanc. On ne peut s’empêcher de penser à la situation actuelle en Tunisie où les salafistes traitent les artistes de mécréants et divisent la société pour parvenir à institutionnaliser la charia. El-Meddeb en est originaire et garde un rapport plus qu’affectif avec ce pays. Il est arabe et jamais il ne l’a revendiqué aussi fort.
LE MONDE (5 juillet 2012)
Tirer sur l’élastique de l’excitation
C’est ce qu’entreprennent deux spectacles présentés au festival Montpellier Danse
Retenir l’extase : quel programme ! Résister à une poussée de fièvre dont on sait qu’elle sera irréversible, quel boulot ! Cette épreuve délicieuse – tout de même ! - a fait le sel de deux spectacle, lundi 2 juillet, au festival Montpellier Danse : « Sous leurs pieds, le paradis », solo cosigné par Radhouane El Meddeb, qui l’interprète, et par Thomas Lebrun et « Now the Field is Open », pièce pour dix danseurs hip hop et contemporains, d’Hooman Sharifi.
Le choix musical des chorégraphes exacerbe leur volonté de jongler avec leurs désirs d’extase. Dans un double mouvement de revendication et de distance, il cible aussi leurs origines et leurs codes culturels pour nourrir le conflit entre racine et identité. Le Tunisien Radhouane El Meddeb, installé en France, résiste longtemps sur le chant Al Atlal (« les ruines ») enregistré devant une foule en délire par Oum Kalthoum en 1966 au Caire. L’Iranien Hooman Sharifi, émigré en Norvège, surfe sur des mélodies traditionnelles persanes jouées en direct par trois musiciens percussionnistes. Dans les deux cas, coups de chauffe lents pour explosion différée sans merci.
Evidemment se lâcher d’emblée en jouant la carte de la fusion ressemblait peu à ses artistes apparus au début des années 2000 et réfractaires à toute facilité émotionnelle. Sans compter qu’il faut savoir tenir lorsque l’on met illico la barre très haut. El Meddeb comme Sharifi se démarquent de la musique d’abord. Peu de gestes chez le premier, lenteur et suspension des mouvements pour le second, sobriété visuelle dans les deux cas… Ces partis pris, parfois trop flagrants, permettent de tirer sur l’élastique de l’excitation.
Radhouane El Meddeb en short et tee shirt informes bleus, grimpe inexorablement par paliers, à coups de poses et de citations. Mains qui ventilent le visage, coups de hanches en avant. Un répertoire de gestes plutôt féminins, qui le transperce. Au risque parfois de faire des manières, sans pourtant que l’impudeur rime avec exhibition, il raconte le corps oriental, emporté par les salves de cris de la foule qui scandent la chanson.
Plus « transe » avec son défilé de danseurs hip hop et contemporains, sobrement découpé dans des tenues de sport grises, « Now the Field is Open » opte pour le dialogue à distance, teste le contact, et ça marche. Spirales musicales et ondulations hip hop prennent le relais les unes des autres. Dommage que Sharifi lâche les rênes, fasse peut-être trop confiance à la force et à la beauté des danseurs – longues filles blondes et guerriers modernes -, pourtant pudiques. Il laisse le spectacle lui filer entre les doigts. La montée percussive des musiciens finit par submerger les interprètes éparpillés sur le plateau.
Radhouane El Meddeb, en revanche, tient son pari. Si la voix d’ Oum Kalsoum et la musique de plus en plus prenantes au fil du spectacle, semblent l’englober, jamais elles ne le terrassent. Lorsqu’il finit, bouche grande ouverte et visage grimaçant, par chanter en play-back, il ne cède pas à la facilité. Il se l’offre tranquillement pour faire corps avec ses émotions, lâcher ses youyous en se cachant le sexe ou les fesses comme s’il faisait une chose interdite et s’en amuser. Il réussit aussi à faire affleurer une intense nostalgie, celle de l’innocence et de la foi en l’avenir.
Extase ou transe, El Meddeb et Sharifi disent adieu à une époque révolue tout en lui déclarant leur amour indéfectible. Ils assument leurs origines, revendiquent la cohabitation avec la tradition et l’histoire, tout en proposant leur vision. El Meddeb finit entièrement nu, assis sur le plateau, enveloppé d’un immense tissu blanc. Ne reste des dix protagonistes de « Now the field is open » que les chaussures.
Evaporation des corps après surchauffe définitive. L’extase, quoi !
Rosita Boisseau
LE TADORNE (4 juillet 2012)
Le plateau est en soi une œuvre. Aux rideaux noirs échoués sur la scène, répondent de longs morceaux de tissus sombres qui pendent sans toucher le sol. L’ensemble forme une architecture en plusieurs dimensions où les coulisses font décor. Le vent d’une révolution a dû souffler pour que cela soit si ouvert et conservé. L’espace paraît d’un coup immense et fait place nette à la danse tout en lui laissant sa part de mystères faits d’apparitions et de disparitions. Cette mise en jeu du dévoilement est sublime. La scénographie d’Annie Tolleter me guide déjà vers la danse de Radhouane El Meddeb etThomas Lebrun: avec elle, le décor entraîne le regard dans un mouvement spiralé où le corps du danseur surgira des coulisses pour habiter peu à peu la scène et nous conduire vers l’indéfinissable…
Radhouane El Meddeb arrive discrètement: son visage se cache sous le voile du rideau. Son corps semble prêt à en découdre, comme lors d’un accouchement où il faut couper le cordon pour renaître…Il se tient droit, de biais. Est-il un unijambiste qui retrouvera tout le sens de ses membres tandis que les clameurs du concert d’Oum Kalthoum donné au Caire en 1966 font trembler les murs du théâtre? Est-il cette femme voilée qui se dévoilera, parce que ce chant-là vous déleste à jamais de nos oripeaux ?
Radhouane El Meddeb est prêt pour s’engouffrer dans les plis du plateau joliment dessinés par Annie Tolleter.
Radhouane El Meddeb est prêt pour entrer dans la danse où l’homme va peu à peu se féminiser, embrasser la peau musicale d’Oum Kalthoum et y recevoir la force du baiser de la résistance.
Mais d’abord, il se doit de tout apprivoiser. D’occuper cet espace scénique où seul le chant résonne. En le parcourant par petites touches, le corps y trouve sa place. Avancer, s’arrêter. Se tenir droit. Et tendre un bras, puis deux, pour y chercher la force qui met tout le corps en mouvement. Ce bras tendu vers la terre, vers l’enfant, vers la vie que procure tout geste qui sort de soi. Oui, c’est cela. Radhouane El Meddeb sort de lui-même. À chaque instant où il s’arrête, il est statue. Il est peinture. Il est l’art qui apparaît. Peu à peu, le plateau ressemble à la salle d’un musée qu’il explore la nuit à la recherche des âmes: celle des artistes, celle des femmes. Celle de l’humanité. Il court, le regard ailleurs. Il danse l’égarement quand l’art nous transcende. Il marche à quelques mètres de moi: j’y suis. Je ne le quitte plus. Le corps de Radhouane El Meddeb est ma nacelle où je me déleste des poids…De cette exploration, il métamorphose la scène : les rideaux le dévoilent. Sa danse me voile. Le plateau est une mer de courants artistiques où l’art chorégraphique rencontre le chant d’Oum Kalthoum.
C’est l’entracte. Pas celui auquel nous sommes habitués. Ici, il est l’espace du recommencement pour que Radhouane El Meddeb, sous l’épais tissu du rideau, se voile à nouveau. Il semble porter le masque d’un personnage échappé de la Commedia dell’arte. Ses mains dansent: les bras ont trouvé leurs gestes! Peu à peu, il est double: je perçois le chorégraphe Thomas Lebrun avec lequel il cosigne ce magnifique «Sous leurs pieds, le paradis». Il est deux pour tout oser et faire la révolution : la danse se chante, le chant se danse parce que le changement est féminin à l’image de son visage qu’il transforme de ses mains de fée! Pour «occuper» la «place», Thomas El Meddeb ose tout jusqu’à la transe où, couché, émergent les plis de son ventre, territoire des révolutions. Il ose la fusion avec Oum Kalthoum pour se séparer et la rejoindre. Radhouane Lebrun se métamorphose peu à peu en icône de l’évolution des corps pour une émancipation du mouvement. La scène semble balayée par le souffle de la liberté, traversée par un chant qui puise dans l’énergie des âmes «torturées» la force de vivre.
Radhouane et Thomas sont maintenant au paradis. Sous leurs pieds, le théâtre met les voiles vers les contrées où la danse est un chant de la démocratie.
Pascal Bély
MOUVEMENT.NET (16 juillet 2012)
Halte aux démangeaisons
Retour sur le festival Montpellier Danse
Contre les démangeaisons de l'actualité immédiate, Montpellier Danse a dégagé espaces et distances permettant à l'art de frapper ailleurs. Parfois très fort.
Avouons-le : sur le papier, on peinait à s'emballer pour la programmation de Montpellier Danse 2012. Ce festival s'était engagé à faire place aux artistes de la rive sud de la Méditerranée, mais cela bien avant que les Printemps arabes s'y produisent. D'où une impression de contre-temps, de décalage. Par exemple, la confiance accordée au chorégraphe Radhouane El Meddeb semblait incarner cela. Celui-ci n'est-il pas raillé par les chorégraphes de la scène tunisoise – qui ne compte pas pour rien – dans son statut de Tunisien de Paris, n'ayant vécu le Printemps arabe que sur écrans.
On était démangé, en somme, par l'injonction médiatique, attendant que sur les plateaux se jouent et se dénouent les péripéties du spectacle mondialisé de la révolution. C'est moins simple. Quand il se permet d'aborder directement cette thématique, dans sa performance insolemment titrée Tunis, 14 juillet 2011 (où donc il n'était pas), Radhouane El Meddeb incarne justement une forme de présence-absence, en déambulant au contact direct des spectateurs qui forment foule autour de lui. Et là, il n'y a finalement à peu près rien à voir. Sinon énormément : soit le retour en miroir, sollicité en chacun, de toutes les images révolutionnaires pré-formatées qui construisent la représentation médiatique. Et laissent nu pour l'invention d'autres représentations, plus effectivement impliquées. Au contact de l'artiste. Nu. Absence à Tunis. Présence dans le sens. Il y a de la mise à nu, dans tout ce qu'entreprend Radhouane El Meddeb sur un plateau. On y songeait très tôt en regardant sa grande création pour ce festival, alors même qu'on ignorait qu'il la finirait de fait en (très pudique) tenue d'Adam. Cette nouvelle pièce, Sous leurs pas, le paradis, est un hommage à Oum Kaltoum, diva absolue du monde arabe au milieu du siècle dernier. Dans ce solo signé en collaboration avec le chorégraphe Thomas Lebrun, l'artiste tunisien produit une gestuelle ahurissante, qui laisse abasourdi, tant elle appuie l'impact manifeste de ses effets, mais par gestes insolites, qu'on ne pourrait rattacher à rien, en positions à quatre pattes, en frappes saccadées du bassin arraché au sol, en membres jetés, signes des mains hiéroglyphiques, lourdeurs coulées dans l'abondance de chairs, arpentages entêtés, et autres agressions à l'idée du beau, dans une forme de démence des possibles s'autorisant.
Distances, failles, disjonctions
Que se passe-t-il ? D'étrange manière, la plupart des commentaires ont voulu y voir une évocation de la figure même d'Oum Kalthoum. Tout ailleurs, il nous a semblé que Radhouane El Meddeb s'est fixé une sorte de mission impossible : celle de performer la dimension mythologique du personnage, en endossant les conditions de sa réception dans le monde arabe du temps de son vivant. Cela charrie l'effervescence d'insondables dimensions de ferveur mystique, de transe moderne, d'espérance politique, d'éruption communautaire, d'adhésion érotique, de débordements hystériques.
C'est beaucoup pour un seul homme, qui justement n'est pas une femme. Un homme dansant, qui justement n'est pas danseur. Un homme traversant les années 1960, pendant lesquelles justement il n'était pas né. Un homme endossant l'identité collective des peuples, qui justement a choisi de vivre et créer dans un autre contexte géo-culturel. Un homme appartenant à une culture, alors qu'il en défie bien des codes et des préceptes. Ce sont là autant de distances, de failles, de disjonctions. Ce sont ces béances qui produisent l'accident magnifique de Sous leur pas, le paradis, où le plus grand mythe historique se noue sur les fils de l'intime, où des formes de l'outrance laissent percevoir le plus fragile, dans un combat scénique, disons-le, magnifique.
Gérard MAYEN
DANSER (sept-oct 2012)
Deux solos de Radhouane el Meddeb
Montpellier Danse
A Montpellier Danse, Radhouane el Meddeb a donné à voir deux aspects fort différents de son travail et de sa personnalité. Dans Sous leurs pieds, le paradis, créé lors du festival avec la complicité de Thomas Lebrun, le danseur rend hommage aux femmes à travers la voix sensuelle d’Oum Kalthoum. Tandis que la chanteuse égrène les paroles déchirantes d’un chant d’amour perdu, l’artiste endosse progressivement les habits de la féminité. Non comme un rôle travesti, mais telle une lente appropriation de ce qui, au fond, est universel : l’abandon du corps, la tendresse des gestes, la force sensuelle. A rebours des clichés, au sol là où on l’attendrait debout, voilé pudiquement de blanc après avoir exposé ses fesses nues, il fait oublier ce corps d’homme dont il se libère comme aspiré par la voix de la diva dans un entre-deux, ni interprétation, ni incarnation, où les frontières de genre s’abolissent. Tout autre est le propos de Tunis, 14 janvier 2011, repris dans la cour de l’Agora. Absent de son pays lors de la révolution tunisienne, el Meddeb a mis en geste la longue tirade de victoire lancée par un anonyme la nuit de la fuite du président Ben Ali, dont les paroles résonnent comme une incantation libératoire. Arpentant le sol et dodelinant de la tête de plus en plus vite, de plus en plus fort, il fait renaître cette heure historique en une performance gestuelle qui tient de la transe. Unique et nécessaire.
Isabelle Calabre
CE QUE NOUS SOMMES
MOUVEMENT.NET (26 mai 2010)
Encore moins
Les chorégraphes Myriam Gourfink et Nacera Belaza radicalisent leur tendance à l’épure ; pour une acuité accrue des perceptions du spectateur. Et Radhouane El Meddeb se résout à réduire ses effets pour mieux faire place au collectif.
(…) le geste et l’action sont abondants, et fort intenses dans "Ce que nous sommes". C’est à un tout autre niveau que le chorégraphe procède toutefois, lui aussi, à une soustraction dans le sens de l’épure. Cette pièce pour cinq interprètes est la première qu’il compose pour un groupe. Les trois précédentes étaient des solos personnels, sinon composés pour un interprète. Les solos personnels, particulièrement Quelqu’un va danser, étaient marqués par une forte expressivité subjective, empreinte d’une théâtralité débordant parfois dans un pathos aussi généreux qu’envahissant. Au regard de cette antériorité, Ce que nous sommes montre une impressionnante capacité de maîtrise et de renouvellement chez Redhouane El Meddeb. Confronté à l’enjeu de faire fonctionner un groupe, c’est bien à une composition collective des énergies, des déplacements, des acuités d’engagement qu’il s’est attelé. Le titre nous signale une ambition à embrasser un constat de la condition humaine partagée. Sans renoncer à une fibre de théâtralité, mais en se gardant de toute submersion narrative, la pièce s’économise dans des palpitations de rapprochements, de regards portés, d’attentes suspendues, de divagations inquiètes, de dons du geste à l’autre. ?Rappelant les qualités actuelles des Alban Richard, ou Sylvie Pabiot, le chorégraphe fait résolument confiance à ce que peuvent les présences, à ce qu’agissent les interprètes. Abrasive et fragmentée, sa pièce se joue dans les limbes d’états émotionnels glissés peau à peau dans les replis d’êtres corps. Propos grave. Situation intense. Une très belle réalisation.
Gérard Mayen
LIBERATION (10 fev 2011)
Le Franco-Tunisien Radhouane el Meddeb présente sa première pièce de groupe au festival Arcadi.
Ce que nous sommes, chorégraphie de Radhouane el Meddeb
à la Ferme du buisson, scène nationale de Marne-la-Vallée (77), dans le cadre du festival Arcadi, ce soir et demain.
Difficile de trouver un personnage plus complexe. Radhouane el Meddeb, 41 ans, né à Tunis, double nationalité franco-tunisienne, a quitté son pays en 1996, où il ne cesse de retourner. Il est croyant et pourtant ne jure que par le sens civique et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Après la révolution du jasmin, qu’il appelle «la révolution du sang», il n’a pas changé de position, guettant les intégristes qui pourraient s’infiltrer : «Depuis cinq ans, les mosquées sont bondées. Je crains qu’ils investissent la Tunisie. Et moi, est-ce que je peux m’approprier ce nouveau pays ? Est-ce qu’ils voudront de moi ?» Il appréhende le moment où on le traitera de déserteur, de traître.
Atypique. Radhouane el Meddeb est torturé. Et fait tout pour. Alors même qu’il obtient la suprême récompense, en 1996, de jeune espoir du théâtre tunisien, décernée par la section Tunisie de l’Institut international du théâtre, il passe à la danse, radicalement. On le découvre, en 2005, dans un solo, Pour en finir avec moi. Il se tient dans un coin de la scène, comme un enfant au piquet, puis attaque et impose un corps atypique, avec des rondeurs qui logiquement devraient le condamner. Pourtant, il insiste, et aujourd’hui sa première pièce de groupe présentée à la Ferme du buisson, Ce que nous sommes, est un vrai challenge pour qui s’est avancé seul, rondouillard, sur un plateau de danse, aussi reconnu comme ancien comédien que novice dans l’art chorégraphique. Au festival Montpellier Danse, en 2006, Radhouane el Meddeb avait proposé un solo, Hûwà, Ce lui.La volonté d’en découdre avec la religion s’y révélait malhabile, avec un brin de prosélytisme dans le propos chorégraphique.
Depuis, plus de crainte. Sa nouvelle pièce pour cinq interprètes est de toute clarté. On y voit des individus séparés et des tentatives pour recréer le groupe, avec des élans désespérés, des portés qui parfois avortent. La chorégraphie demeure encore fragile, ne pouvant à elle seule porter une chose aussi douloureuse que celle du corps ennemi.
Artiste associé au CentQuatre depuis janvier, Radhouane el Meddeb est un être entier. Lors du départ de Ben Ali, il était chez lui, devant la télé, l’ordinateur sur les genoux et le téléphone à la main. «Je n’ai pas vu une manifestation, raconte-t-il, mais un appel au secours. Ben Ali a banalisé et ridiculisé le projet culturel tunisien.»
Forme. Humilié comme tant d’autres artistes, le chorégraphe croit encore au pouvoir de l’inventivité : «Créer sous une dictature fut un acte militant. Maintenant, il faut donner un vrai statut aux artistes, refonder le ministère de la Culture. Les acteurs culturels seront aussi ceux qui vont faire barrage aux barbus qui se préparent dans la coulisse pour entrer en scène.» El Meddeb n’est pas au mieux de sa forme. Quand il s’exprime, les Tunisiens le renvoient à son nouveau pays, la France. Lorsqu’il se tait, les Français le traitent de poltron. Tout ce qu’il sait, c’est que la culture était devenue «un grand cabaret à deux balles». Sa troupe s’intitule la Compagnie de soi. Il présente Ce que nous sommes, spectacle complexe et pour le moins désespéré. Il a la foi.
Marie-Christine Vernay | Libération (11 fevrier 2011 )
WWW.FESTIVALIER.NET
Il arrive parfois que la danse contemporaine nous tende un miroir à mille facettes. Où en sommes-nous? N'avez-vous rien remarqué autour de vous? Mais où suis-je?
Le chorégraphe tunisien Radhouane El Meddeb a une sensibilité bien particulière pour restituer sur un plateau «ce que nous sommes», titre de sa dernière création.
Ils sont cinq dont une qui n'a pas tout à fait l'allure d'une danseuse (magnifique Alice Daquet, alias Sir Alice): de sa robe moulante transparaît de jolies formes (incarnerait-elle Radhouane?). Elle est le «corps social» et porte les stigmates de l'abandon. Elle a cette colère froide, de ceux qui n'ont aujourd'hui plus grand-chose à perdre. Elle observe souvent, se mêle au groupe sans y être. Elle est le «politique» au sein d'un collectif qui ne sait plus comment s'y prendre pour lutter contre la solitude des individus.
Par un subtil jeu de lumières, ils se dévoilent peu à peu. Deux hommes (troublants Olivier Balzarini et Christian Ben Aïm) et une jeune femme (puissante Anne Foucher), élégamment habillés s’entremêlent tandis qu'une autre, à l'allure fougueuse (étrange Margot Dorléans), (se) cherche. La scénographie d'Anne Tolleter (collaboratrice de Mathilde Monnier) fait encore des miracles: à l'image de la bordure d'un tableau, elle a posé des gravillons noirs et argentés tout autour de la scène. À tour de rôle, ils marchent sur cette étroite bande dont le bruit produit le frisson à l'arrivée de celui que l'on attendait plus, à moins que ce ne soit le son de la relation...À ce tableau, il faut ajouter la musique de Sir Alice: tout aussi profonde que la danse de Radhouane El Meddeb, elle nous enveloppe et nous donne l'énergie de ne pas lâcher un seul mouvement. Voudrait-elle nous inclure? Et si nous étions le sixième acteur de ce huit clos ?
Peu à peu, du repli sur soi, enfermé dans leur bulle virtuelle (qui finit par rendre fou), chacun marche en préférant la diagonale pour tisser la toile. Une tête se pose sur le corps de l'autre tandis que des gestes de rien du tout créent la relation de confiance. On se porte, on se supporte. Il y a peu d'envolées, mais que l'on ne s'y trompe pas: les craintes et les désirs s'entrechoquent en silence. Que ces fils paraissent fragiles! Ces gestes lents créent la partition d'une étonnante chorégraphie poétique où la personne incarne le «tous». C'est puissant parce que nous sommes toujours à ces deux niveaux en même temps: l'individu et le groupe.
Lentement, les corps se répondent, le collectif prend du relief. Tout un paysage relationnel se dévoile: aux sons des gravillons, se superposent le bruit des baisers et des bisous. La créativité de chacun s'exprime dans un cadre sécurisant, l'érotisme s'approche et le désir amoureux fourbit ses armes. Comment façonner l'autre à notre image? Est-ce l'autre que nous chérissons? N'est-ce pas plutôt la relation (névrotique si possible) que nous cherchons?
C'est à ce moment précis que le groupe bascule dans une violence inouïe. Alors que nos connaissances sur la psychologie n'ont plus rien à avoir avec ce que savaient nos parents, nous semblons les utiliser pour «jeter» l'autre comme une marchandise. Le corps intime et le corps social se fondent peu à peu dans le consumérisme le plus abject où leur marchandisation côtoie le principe de précaution qui voit dans «l'autre» une possible menace. Radhouane El Meddeb dévoile ici son impuissance à se représenter une issue à cette violence née de nos solitudes contemporaines et de notre incapacité à repenser le collectif en dehors des dogmes qui l'ont jadis structuré. Car aujourd'hui, c'est bien le corps jeté (les suicidés de France Telecom, le corps immolé en Tunisie et ailleurs) qui ouvre la voie à «notre» reconstruction.
Le corps est une bombe. Radhouane El Meddeb est un démineur en Fa Majeur.
Pascal Bély - Le Tadorne.
« Ce que nous sommes » par Radhouane El Meddeb le 25 février 2011 dans le cadre du festival « Les Hivernales».
Pascal Bély | www.festivalier.net (26 fev 2011)
WWW.LECLOUDANSLAPLANCHE.COM
Affleurements
Pour sa septième édition, le Festival International C'est de la Danse Contemporaine (CDC) se décompose en deux périodes. La première ayant eu lieu en février dernier, c'est donc la deuxième partie qui s'ouvrait cette semaine au CDC avec Ce que nous sommes, de Radhouane El Meddeb, pour une édition riche de promesse qui s'étendra jusqu'au 22 avril. En effet, pas moins de sept lieux de spectacle seront investis, la danse s'offrant ainsi une belle place dans une Ville Rose où cette discipline est encore, hélas, timidement diffusée.
Les esquisses de la mémoire
Ce que nous sommes commence dans un noir profond que seule la pénombre viendra dissiper. Ce presque rien dans lequel évoluent les danseurs est ici chargé de l'anonymat des humanités individuelles pour faire place aux individualités collectives. Car ces corps à peine esquissés illustrent le nous et l'autre à merveille. Le crissement du sable noir réparti tout autour de la scène entièrement dénudée laisse résonner sous leurs pas le son des cheminements d'existences, dans une lenteur ici accrue, là animée de précipitations angoissés. Les quelques accords plaqués sur un piano venant de loin éveillent les sens au-delà du visible pour entrer dans les zones de l'indicible et du sensitif.
Les silhouettes évoquent des fantômes de la mémoire, les figures issues d'un lointain passé que le temps efface petit à petit des souvenirs, par sélection, les jugeant moins importantes que d'autres éclats de vie. Car ici les danseurs rejouent des moment qui semblent anecdotiques, qui pourtant reviennent de manière récurrente tant ils sont chargés de sens. Les corps à peine esquissés en deviennent encore plus présents et les yeux des spectateurs s'écarquillent pour écarter les ombres, espérant percer les mystères de toute cette obscurité.
Une lumière d'apocalypse
La lumière, croissant par la suite comme une aube timide, ira jusqu'au feux de midi et révélera petit à petit ces personnages, sans pour autant dévoiler une quelconque individualité malgré quelques très beaux solos et duos. Ils resteront de par leurs attitudes, expressions et actes, résolument communs, comme des miroirs du monde.
Le geste qui jaillit soudain d'une simple main hésitante prend dans cette ambiance des proportions incroyables. Du rien surgit ainsi tout ce que nous sommes, pas grand-chose et tellement à la fois. L'effet miroir de l'humanité se poursuit dans cette danse essentiellement faite de déplacements qui ressemblent étrangement à ceux du glissement des pions sur un plateau de go. Une stratégie aux allures aléatoires, mais réellement implacables. Par son économie, l'égrènement des choses est pour le coup chargé à l'extrême. Les corps sensibilisés se croisent, se frôlent dans des états d'attente, de désir, de déception, de questionnement.
Une bascule un peu brutale entraîne vers une "danse des bisous", passage plus ludique qui apporte une souffle de légèreté à cette pièce – laquelle n'entend cependant pas faire de concessions sur les possibles relationnels. Puis vient en clôture une sorte d'apocalypse, la lumière brûle, la musique jusqu'ici si discrète envahit tout et agresse par son volume excessif. Les corps se chahutent, luttent, chutent, s'agressent, sont traînés au sol. Tout n'est plus que brutalité et violence, confrontation, lutte de pouvoir, possession, appropriation et domination.
Caprices oniriques
Voici donc une pièce sensible, tout en ombre et en lumière, qui navigue clairement dans l'univers pictural de Goya entre les pantins désarticulés, les jardins maniérés baignés des lumière zénithales, les pelotons d'exécution, les cris et la noirceurs des géant et des ogres dévoreurs. Une œuvre où la danse n'est qu'effleurement – et quasiment toujours hors des conventions du genre. Le geste n'est jamais forme gratuite, mais toujours porteur à la limite de la narration, au long d'une frontière périlleuse qui ici sert admirablement l'œuvre.
Notons, pour ajouter à son honneur, la qualité et le soin apportés à l'équilibre du plateau. Une grande finesse des relais, les passages de focus sont absolument maîtrisés, les chorus et les mouvements du chœur subtils et sans fautes.
La sensation, à l'issue de la représentation, est d'ordre onirique : semblable à la traversée d'un rêve, jusqu'à laisse traîner (forcément ?) une sensation de faim inassouvie, une envie d'avoir plus de prise sur les choses et d'en goûter encore. Le quotidien de l'humanité qui est offert ici est volontairement donné avec une absente de taille dans sa dramaturgie : la maîtrise des choses. Chacun ira donc avec ses frustrations et en fonction de son lâcher prise. Ce que nous sommes est bien plus encore qu'il ne laisse paraître – un spectacle sensible, profondément humain, qui touche et ne lâche jamais sa ligne directrice.
Camille Chalain |www.lecloudanslaplanche.com (3 avril 2011)
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JE DANSE ET JE VOUS EN DONNE A BOUFFER
FESTIVAL WEEKEND hots up with dancing chef (3 mars 2010)
A MAN dancing while making couscous was the highlight of the second weekend of the Woking Dance Festival.
Radhouane El Meddeb performed at the University of Surrey in Guildford on Saturday afternoon and incorporated his two loves - cooking and dancing.
The festival's artistic director, Mary Brady, said: "Radhouane was invited to perform at WDF as a participating artist in our micro programme of dance from the Arab world.
“Tunisian-born, though now based in Paris, his particular style is inspired and influenced from living and growing up in Tunisia.
“In his piece, Je danse et je vous en donne à bouffer, he cooks and presents a feast of traditional couscous to the awaiting audience while dancing to and being absorbed in the evocative music of his region.
“Amidst the exotic aromas of the cooking, the dance captures the style and familial rituals of his cultural background.”
A hip-hop workshop also took place on Saturday along with a programme of events at the university.
Brahim Bouchelaghem, who performed on Friday, led the masterclass.
He said: "I think the boys are superb, and working with them has been a great experience.
“I have been able to show them some more difficult moves which I know they will take with them and develop."
Henry Ho from Winston Churchill School in Woking took part in the event, and he said: "Performing and working with Brahim has been really good.
“Brahim has taught me some new moves and this has been a really good experience.
“I've met loads of new people through the Dance Project. The training has been intense but definitely rewarding."
Nicola Rider
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FESTIVALIER.NET (15 déc 2009)
La danse du ventre.
Nous sommes assis pour l’entourer, pour mieux contenir ce moment précieux offert lors de la clôture du Festival Dansem. Radhouane El Meddeb, danseur et chorégraphe tunisien, nous attend, patiemment, pour cuisiner son couscous. Tout est en place : ingrédients, instruments, plaques électriques, plats et couverts. On pourrait supposer qu’un tel agencement n’est pas le fruit du hasard : serait-il celui que préparait notre mère la veille, pour le petit déjeuner du lendemain? L’ambiance est studieuse, car la cuisine est une affaire sérieuse, au croisement de tant de cultures, d’histoires individuelles et collectives. La danse rencontre donc ce plat légendaire, populaire, complexe dans sa préparation, où le cuisinIer, tel un alchimiste de l’amour, fait entrelacer le légume, la viande et le blé ! Le ton de cet article se veut lyrique, mais votre serviteur est né dans le sud-ouest, pays où la cuisine est un art engagé dans le lien social !
La viande frémit, son corps s’élance. Le bouillon bout, il danse du ventre. La semoule lui file entre les doigts, il ouvre ses bras. Ses rondeurs accueillent la danse qui, jusqu’à preuve du contraire, est une affaire de plis et de bosses, de gras et du double, de liquides et de chairs. Entre deux préparations, il vient vers nous pour jouer avec le temps de cuisson qui s’accélère subitement. Il court autour de la scène comme si sa seule montre était les battements du cœur. Mais l’homme n’est pas dupe : il sait que nous l’envions, car il est vingt heures et que notre ventre est vide. Que regardons-nous, que ressentons-nous alors que les odeurs nous tenaillent ? Notre corps s’emballe tandis qu’il s’assoit tranquillement pour goûter quelques légumes. La faim rencontre notre désir de danse alors qu’il faut lutter contre nos pulsions de spectateur paresseux avide de folklore ! C’est dans ce chaos que s’opère la rencontre : ses mouvements nourrissent parce que je les ressens dans une transmission (de la mère vers le fils ?) qu’il métaphorise en s’avançant vers certains d’entre nous pour offrir une assiette. Le corps du danseur serait-il au croisement de plusieurs « nourritures », de dons transmis ? Mystère.
Alors que nous « bouillons », qu’il construit méticuleusement ses châteaux de semoule pour accueillir le liquide si précieux, il revient pour jeter à terre une nappe, des verres et des assiettes de pique-nique : le désordre avant l’ordre établi ! Interpelle-t-il notre soif de nourriture alors que les occidentaux gaspillent quarante pour cent des aliments qu’ils achètent ? Il y a peut-être dans ce geste brusque, un artiste découragé par la vanité de sa danse : nous en rions, lui aussi, pour conjurer le sort qui voudrait réduire les arts fragiles à des mécaniques divertissantes et abrutissantes.
Il nous invite à table puis disparaît. Alors que les spectateurs, tels des enfants après le théâtre, se jettent sur scène, j’observe puis quitte la salle. On ne touche pas l’objet artistique. J’aurais bien trop peur de trouver ce couscous délicieux et d’oublier que la danse a du goût.
Pascal Bély
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QUELQU'UN VA DANSER
TELERAMA SORTIR (fev 2010)
"Il a si curieusement, si précisément baptisé sa compagnie qu’on sait tout de suite quel est le ton du danseur et chorégraphe tunisien Radhouane El Meddeb. La Compagnie de Soi indique l’intime, la confidence, la singularité d’une parole artistique qui cherche d’abord la sincérité. Qui sait aussi ce qu’est la solitude. C’est en solo d’ailleurs encore une fois que cet ancien comédien, consacré "jeune espoir du théâtre tunisien" en 1996, propose "Quelqu’un va danser". Direct et sans fard, épaulé par un narrateur, El Meddeb ouvre les portes d’une danse taillée à même sa corpulence et s’offre telle qu’en lui-même."
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EVEN
'Quelqu'un va danser ...' est une prière profane, un souhait humain, un potentiel qui ne demande qu'à germer, fleurir. Radhouane El Meddeb puise dans son enfance, dans des émotions marquantes, pour exprimer ce désir, ce besoin de danse : cet appel puissant qui tire le corps, l'entraîne, l'enlève presque mais aussi obsède, dérange, singularise.. Car ce solo est à nouveau une interrogation lancée à lui-même, une introspection un peu romancée, une douce confession. En fait, le chorégraphe, au travers de son exemple, entend la danse comme un monde des possibles, une ouverture essentielle qui touche au-delà des apparences, des manières, du savoir. Elle autorise. Elle offre au corps et à celui qui l'habite la folle liberté qui permet de s'oublier. Et, peut-être, de se retrouver au coin de la sérénité et de la sagesse.
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MOUVEMENT.NET (15 dec 2009)
Histoires de corps - Dansem
(…) la présence narcissique du chorégraphe et danseur fini par être franchement fascinante. Un jusqu’auboutisme, au-delà du ridicule et du grotesque, vecteur d’une démesure quasi dionysiaque et donc communicative.
Fred Khan
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LIBERATION (31 mai-01 juin 2008)
Danse – Après "Kermel" et "Quelqu’un va danser", les performances se poursuivent en Seine-Saint-Denis
Gymnastique intellectuelle aux Rencontres
Ce qui motive dans les Rencontres de Seine-Saint-Denis c’est qu’aucun spectacle ne ressemble à un autre. Cela suppose une gymnastique intellectuelle qui n’est pas pour nous déplaire. La proposition de Cindy Van Acker (Suisse), plutôt de l’ordre de la performance plastique, initie le spectacteur sur le même plateau que celui des trois interprètes. En robes-blouses grises, elles se déploient, lentement, plaquées au mur avant de se dresser dans des verticalités qui prennent appui sur des tracés au sol.
Enfin, elles roulent au sol, fendant les masses de spectacteurs. A trois, elles organisent ou désorganisent l’espace pour tester les configurations du trio et se rejoindre, jusqu’à ne plus former qu’une sorte de plante aquatique se mouvant au gré des flux et reflux. Très doux malgré sa mécanique, Kermel est concentré sur le silence et l’intime.
Le solo de Radhouane El Meddeb (France-Tunisie) a des qualités presque inverses. Venu du théâtre, il a choisi progressivement la danse et le solo pour exprimer un corps sous pression, trop peu rebelle pour ne pas se soumettre aux interdits.
Dans quelqu’un va danser, il conte à sa façon, gauche, généreuse, engagée , les rêves les plus dévastateurs et jouissifs d’un jeune homme tunisien qui se glisse dans la peau d’une diva égyptienne ou d’une ballerine.
Le décor d’Annie Tolleter, qui l’entoure de fleurs, de larmes, de morceaux de glace et de petits bouts de papier, est un peu trop beau – lui-même n’étant vêtu que d’un banal training. Quelqu’un va danse, c’est la gloire et la volupté qui se regardent en pyjama dans la solitude nocturne. Quand cela tourne au cauchemard, il faut bien appeler papa et maman, la star redevient un enfant un peu trop rondouillard.
Marie-Christine Vernay
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TELERAMA (21 mai-27 mai 2008)
L’avoir vu danser de dos, seul en scène, nous a donné envie de suivre ce jeune danseur et chorégraphe tunisien. Après "Pour en finir avec moi" qui contenait à la fois un désir d’adieu et une promesse d’avenir, la nouvelle pièce de Radhouane El Meddeb "Quelqu’un va danser…", poursuit sa quête singulière. Une fois de plus, cet artiste passé par le théâtre s’acharne sur son corps, ses limites, son identité d’homme et d’artiste, pour en extraire une formule irréductible. Désigné comme une "fête au plus intime" , ce nouveau solo risque fort d’emporter nos souvenirs encore plus loin.
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Atelier - Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis
Danser (mai 2008)
SAINT-DENIS, LYCEE DE LA LEGION D’HONNEUR
Ce mardi soir, les Rencontres vont au contact d’élèves privilégiés. Les élèves sont filles et petites-filles de médaillés de la Légion d’Honneur. Leur qualité d’attention est sidérante. Le chorégraphe Radhouane El Meddeb commence par expliquer longuement sa démarche de créateur. Il échauffe les élèves en leur demandant de « nager au sol ». Il en profite pour travailler l’énergie qui initie le geste, le regard qui guide le mouvement. La respiration qui rythme l’enchaînement des mouvements. Enfin, il regarde les chorégraphies mises au point par les élèves avec le professeur d’option danse. Les séances prochaines, il aidera les élèves à « enrichir leurs chorégraphies avec des recettes , avec des épices ». Notamment pour « démystifier le travail d’écriture ».
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HUWA CE LUI
MOUVEMENT (juil-sept 2006)
"(…) Montpellier Danse accueille plusieurs chorégraphes issus du pourtour méditerranéen. "Aux marges de l’Europe", Nacera Belaza, Radhouane El Meddeb, Aydin Teker, Filiz Sizanli et Mustafa Kaplan conduisent l’électricité d’enjeux contemporains. (…)
Radhouane El Meddeb, issu du Maghreb, recherche un geste dansé qui n’ignorerait pas la dimension sacrée : il place son corps en tension d’une production nouvelle de spiritualité incarnée, par-delà le divorce généralement considéré à cet endroit consommé, mais où la danse souvent résiste. La réception de ces démarches doit toujours se faire moins selon la question : "D’où viens-tu ?", que, au contraire, suivant celle-ci : "Vers où voulons-nous, ou pourrions-nous aller ?" (…) déplacement d’intériorités (…)
Dans sa nouvelle pièce, Hûwà, il chorégraphie pour Lucas Hamza Manganelli. S’il a choisi cet artiste français, c’est en raison de sa familiarité avec la culture arabo-musulmane. El Meddeb se retire ainsi du plateau, posant, qui sait, la distance inquiète d’un nouveau mouvement de révélation. Dans sa vie, il a vécu des périodes de foi intense. Il veut en exhumer la trace corporelle : "Ce type d’intériorité, qui a lien avec l’état de grâce, l’extase, l’aspiration au divin, n’est pas du tout statique, c’est le corps qui la porte." En la proscrivant, la religion musulmane n’octroie à l’artiste aucune représentation patrimoniale, plastique notamment, de ses mystères. Aussi le renvoie-t-elle plus radicalement au défi de percevoir l’inconnu, le caché, dans un geste suspendu au bord d’espaces indéfinis, où peut se profiler la perte entre le plus troublant intime et l’intimidation du plus lointain, et supérieur. Confiance est faite au corps pour qu’il entraperçoive ce qui peut se voir.
Ainsi des chorégraphes contemporains maghrébins en appellent-ils à une conscience complexe de l’incarnation du Verbe et de l’inscription corporelle de la croyance. Ils passent outre la dichotomie simpliste qui sépare chair et spiritualité. Tel Radhouane El Meddeb, ils se situent à un point d’orgue de la séparation – Hûwà se traduit par "Ce Lui", désignation en deux mots, et à la troisième personne, mais à côté d’un soi premier, D’un MOI avec lequel en finir."
Gérard Mayen, Pièces d’identités
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THE NEW YORK TIMES (July 19, 2006)
Radhouane El Meddeb, a Tunisian-born actor and choreographer, contributed two solos to the festival. “Huwa,” a new work, provided possibly the most testing 15 minutes of the festival in the form of a naked man (Lucas Hamza Manganelli) standing absolutely still, looking directly at the audience. Eventually he did begin to move, walking, then zigzagging across the stage, kneeling, reaching up ecstatically and whirling with windmilling arms to an overlapping burble of chanting male voices and soft piano music, by Dhafer Youssef.
By the end of the hourlong solo, Mr. Manganelli’s compelling performance (which includes a masturbation scene reminiscent of Nijinksy’s “Afternoon of a Faun”) has evoked an inner journey that explores what it is to be a man, to be confined by one’s body and to reach beyond it toward a state of divine grace. Mr. El Meddeb does not achieve the same heights in “Pour en Finir Avec Moi,” during which he performs simple, spare movements (walking, pointing, crouching) to intermittent music by Arvo Pärt (“Fur Alina” and “Spiegel Im Spiegel”). But his work has an integrity and a theatrical pacing that makes for absorbing viewing.
Roslyn Sulcas
Montpellier Danse Festival Goes Beyond Tolerance, Trying to Unite French and Arab Cultur
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LA PRESSE DE TUNISIE (2006)
"(…) Radhouane El Meddeb a encore des choses à dire, sa nouvelle pièce Hûwà, est une manière de revivre avec un autre. L’idée du solo vient de Jean-Pierre Montanari, directeur du festival, spécialement pour cette session de « Montpellier danse » qui se rapporte à la Méditerranée, bassin des religions. C’est un travail sur ce rapport au rite sans le côté folklorique, sur l’état du corps du croyant, sur cet état de grâce, sur l’abandon, la fièvre du croyant, le rythme de la lecture et de la récitation. (…)
Hûwà est un rapport affectif au divin, une traversée solitaire de l’ordre intime pour comprendre les choses de l’invisible et de la force de la conviction. C’est un processus physique qui passe par le corps d’abord. (…)
Hûwà serait-elle une pièce qui répondrait aussi à cet état du sacré devenu hélas, synonyme de violence alors qu’à la base, c’est un état de grâce. (…)
Avec Hûwà, Radhouane El Meddeb revendique ce statut de chorégraphe et échappe à son premier solo pour repousser les limites du corps. Il commence une narration avec le mouvement et touche du bout des doigts quelque chose d’absolu."
Asma Drissi,
Les voix de la création sont impénétrables
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POUR EN FINIR AVEC MOI
AQUI l’autre façon de partager l’info (30 nov 2007)
Radhouane El Meddeb, un jeune artiste tunisien, nous invite à partager des moments intimes d'expression corporelle, à travers son monologue personnel avec l'espace et le temps, dans une danse expérimentale sous l'intitulé : "Pour en finir avec moi". Une création solo et dynamique qui veut refléter des états d'âme et transporter le spectateur dans un univers fragile et à priori restreint.
Formé à l'Institut Supérieur d'Art Dramatique de Tunis, Radhouane El Meddeb est consacré "jeune espoir du théâtre tunisien" en 1996 par la section Tunisie de l'Institut International de Théâtre. Il est recruté ensuite comme comédien dans le cadre de l'atelier de formation et de recherche du Théâtre National de Toulouse sous la direction de Jacques Rosner. Il commence à travailler avec les plus grands noms du théâtre tunisien et arabe, comme Fadhel Jaîbi, Taoufik Jebali ou Mohamed Driss. Il fait ses débuts au cinéma dans deux films de Férid Boughebir "Un été à la Goulette" et "Halfaouine, l'enfant des terrasses". Plus récemment, il crée pour Montpellier Danse 2006 un nouveau solo intitulé "Hûwà, Ce lui".Enfin en 2007, il fait partie de la distribution de "1000 Départs de Muscle", dernière création d'Héla Fattoumi et Eric Lamoureux.
De quoi il s'agit?
Dans "Pour en finir avec moi" il est vraiment impossible de décrire ce qui se passe sur scène ni d'y retrouver une interprétation cohérente. L'artiste semble entrer dans une dimension qui constitue son monde à lui, mais qui demeure pour nous tout à fait étrange et abstraite. Muet tout au long de la représentation, El Meddeb communique avec le public qu'à travers son corps. l'expression faciale reste cependant plutôt neutre. Le corps devient ensuite l'objet de presque toutes les formes d'usage. Il se mouve, il saute, il se plie, il chute avec différentes vitesse et intensité. Mais le but c'est justement de voir au delà de la performance technique, la maîtrise, le muscle...
Raconter avec le corps, non plus la parole
La performance commence alors à interpeller plusieurs dimensions. Elle s'interroge par ce biais sur la relation entre le théâtre et la danse, le geste et la parole, la forme, la narration et l'espace. On assiste à une sorte de monologue du corps en mouvement. Une approche qui, bien que dépourvue de contexte particulier, traduit un rapport intimement émotionnel avec celui-ci. "Chacun y trouvera ce qu'il voudra. Je ne cherche pas à introduire des messages prédéfinis", explique l'artiste. "Je veux rompre avec la parole et revenir à un stade primaire de ce qui existait avant la parole." El Meddeb se raconte sur scène d'une certaine manière. Il veut nous faire partager les aléas de son existence, l'errance, la souffrance et la jouissance qui l'accompagnent.
La danse - une expression de liberté
Bien que Radhouane El Meddeb n'ait pas rompu entièrement avec le théâtre, c'est néanmoins la danse qui représente pour lui un accomplissement artistique. "La danse c'est pour moi l'expression de la liberté, je me sens très libre quand je fais appel à mon corps pour m'exprimer", avoue l'artiste. Contrairement aux apparences, cette forme de danse contemporaine éprouve maintes difficultés. "Le spectacle est construit sur des états d'âme qui permet de retrouver une certaine qualité de mouvement. La fatigue et l'épuisement empêchent l'expression d'une émotion pure. On peut pas tricher."
Piotr Czarzasty
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MOUVEMENT (juil-sept 2006)
"Radhouane El Meddeb s’affirme "très heureux dans ce corps parfaitement assumé" et clame sa "joie de danser, depuis toujours, dans toutes les occasions de la vie sociale". C’est aussi une grande facilité que, dans la communauté (réduite) des arts de la scène à Tunis, il a pu fréquenter les cercles chorégraphiques, sans surprendre ; y prendre des cours, et se rendre utile en dispensant son regard sur des projets de danse qui là-bas sont volontiers indexés sur l’expressivité théâtrale (ceux d’Imed Jemaa, par exemple). En fin de compte, il vante l’âge d’or d’une société qui a, certes, ses violences et raideurs conservatrices, mais les tempère d’une réelle générosité et d’une habileté à ne pas aller déranger ce qui est entendu comme secret. D’un autre côté – celui où souffle le vent d’intolérance -, il s’est "toujours su rester marginal".
(…) "Le champ chorégraphique paraît tout d’abord un territoire d’emprunt, de conquête escarpée. La déterritorialisation stylistique qu’opère Radhouane El Meddeb ne saurait être totalement étranger aux jeux de miroirs biaisés que suscite sa circulation entre les deux territoires qui bordent les deux rives de la Méditerranée."
Gérard Mayen, Pièces d’identités
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TONIGHT (May 9, 2006)
The dancer is a poet, proclaimed the chubby man with a passion to move. And he should know. Radhouane El Meddeb may look all wrong to be a professional dancer, but this Tunisian theatre artist imbued with wonderful choreographic insight, proves in his solo Pour en finir avec moi that aesthetic beauty and physical intelligence aren't the preserve of the thin and the muscle-toned.
This moving performer is one of the many reasons why the Danse Afrique Danse festival was so challenging, provocative and fruitful.
Adrienne Sichel
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DANSER n° 244 (juin 2005)
Un bouleversant désir d’être
"On est d’abord frappé par la musique. C’est celle de Smoke, immortalisée par Sylvie Guillem. Mais qu’est-ce que ce garçon trop rond peut avoir à nous en dire ? Soudain, une tension des bras à l’horizontale sert de rappel et d’appel à partir, ou à se départir de ce que l’on croyait trouver là. Que se passe-t-il d’ailleurs sinon un acharnement à recomposer un tout qui s’appellerait corps et qui toujours échappe à la définition, que se passe-t-il sinon cette mise à nu d’un individu qui, par sa seule présence et son désir fou d’être, advient soudain "danseur".
Pour en finir avec moi raconte donc au contraire une genèse, un commencement, l’histoire fragile qui dit que pour avoir un corps, il faut le faire et que pour être un corps, il faut l’oublier. Le contexte tunisien livre en sous-texte le courage qu’il aura sans doute fallu à Radhouane El Meddeb pour "en finir avec les préjugés" de toutes sortes. Bouleversante, émouvante, cette première pièce est un coup de maître."
Agnès Izrine
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LIBERATION (12 mai 2005)
"(…) Décomplexé. Radhouane El Meddeb a réussi à se faufiler parmi ces jeunes endiablés. Venu du théâtre, ce comédien de 35 ans, un pied à Paris, l’autre à Tunis, s’est prudemment approché de la danse en collaborant avec des chorégraphes comme Nawel Skandrani ou Sofiène et Salma Ouissi.
La danse ne l’a pas raté, elle s’est emparée de son corps bedonnant, peu formaté pour elle (…)
On en a sûrement pas fini avec ce grand garçon rondouillet."
Marie-Christine Vernay
