Presse

Le Lac des Cygnes

Télérama

Janvier 2019

TT

Le Lac des Cygnes de Radhouane El Meddeb est une oeuvre palimpseste : sous la version de Noureev (1938-1993) pour le Ballet de l’Opéra de Paris en 1984 se lit celle de Marius Petipa (1818-1910), composé en 1895 pour le Ballet du Bolchoï à Moscou. Et voilà que Radhouane El Meddeb brode à son tour sa vision du Lac pour le Ballet national de l’Opéra national du Rhin. Chorégraphe d’origine tunisienne passé par le théâtre, il ne maîtrise pas le vocabulaire classique. Et l’aide de son commanditaire Bruno Bouché, nouveau directeur de la troupe, lui a été utile pour en apprivoiser les codes… El Meddeb rend hommage à l’oeuvre – les sauts du Prince, les bras-ailes d’oiseau, le quatuor de petits cygnes… – et en « rafraîchit » la donne. Le tutu blanc cède la place aux jupettes voletant sur des jambes sans collants. La partition de la trentaine de danseurs est quasi identique chez les femmes sur pointes et les hommes sur pieds : tous s’alignent pour des piqués au sol cocasses sans la musique de Tchaïkovski. L’argument est dépouillé, voire secoué. Avant d’aimer sa princesse-cygne, le prince (l’intense Riku Ota) tient la première partie entourée de sa cour masculine, quand apparaît – enfin! – le personnage d’Odile (Céline Nunigé, vibrante soliste du ballet). Ces deux-là seront de doux amoureux sur qui se déchaîne la malédiction. Le cygne noir est interprété par un homme, incarnation d’une autre forme de désir. Pour danser cela, les artistes jettent leurs chaussons. Ils sautent, d’un coup de lacet dénoué, du style académique au contemporain pour laisser exploser, pieds nus, les tiraillements qui les submergent. Superbe.

E.B.

teleramalogo
Genvieve Charras

genevieve-charras.blogspot.fr

Janvier 2019

« Le Lac des cygnes « de Radhouane El Meddeb: la vie devant Soi !

Radhouane El Meddeb, qui vient de la danse contemporaine, s’attaque à un monument de la musique classique : « Le Lac des Cygnes », interprété par les 32 danseurs du ballet de l’Opéra national du Rhin.
Le ballet de l’Opéra national du Rhin va une nouvelle fois danser « Le Lac des Cygnes », ballet académique par excellence, d’une exigence folle avec ses interprètes.
La dernière fois, c’était la vision de Betrand d’At, ancien directeur de la structure, qui s’intéressait à la crise existentielle traversée par le personnage de Siegfried, sorte d’alter ego d’un Tchaïkovski qui aimait les hommes mais épousa une femme pour maintenir les convenances.
Aujourd’hui, c’est Radhouane El Meddeb, consacré jeune espoir du théâtre tunisien en 1996, qui a fondé sa propre compagnie de danse « De Soi » en 2006, qui s’attaque à ce morceau d’anthologie avec une tout autre approche : la quête de l’autre et le rapport à l’être aimé. « J’avais envie qu’on soit tous amoureux, qu’on soit tous Odette ou le Prince. Je ne voulais pas octroyer ces rôles principaux exclusivement aux solistes », explique-t-il .
Le danseur et chorégraphe a travaillé à partir de la version de Rudolf Noureev imaginée pour le Ballet de l’Opéra de Paris en 1984, une version que l’on qualifie parfois de « freudienne » tant elle accorde une grande place à la psychologie des personnages.
Au passage, Radhouane El Meddeb a opéré quelques coupes sévères, comme la suppression du troisième acte qui lui semblait « trop folklorique ».
Et il y a ajouté sa patte, cette volonté de rendre la danse proche des gens : « J’aime adresser la danse que je fais comme on regarde les gens dans les yeux, pour offrir un moment d’émotion. Je cherche à amener l’autre vers un secret qui se raconte par le corps, avec le plus d’humilité et de simplicité possible. »

Ceci comme préambule, introduction ou « note d’intention ».
Mais qu’en est-il sur le plateau, ce soir de première à l’Opéra du Rhin ?
Lentement les danseurs apparaissent dans le silence et s’emparent de l’espace, habitant la scène, esprits des « lieux ». La compagnie déambule, sereine, calme, apaisée comme avant la tempête. Costumes blancs, boxers très seyants pour les hommes, jupes en voilures évanescentes, ajourées comme pour une cérémonie , un rituel à construire. Des tutus romantiques accrochés au vestibule, un tutu plateau en fond de scène, aux cintres, un lustre dissimulé mais irradiant légende et esprit de décor d’apparat. Inconscient collectif, que ces icônes référentes à une époque, une mémoire inconsciente, des souvenirs de spectacles antérieurs à cette vision très sobre, un décor campé pour mieux « évacuer » la nostalgie. Quand survient la musique, s’ébranle , s’anime dans la fébrilité chacun d’entre eux, hommes et femmes virginaux, mais pas « asexués » pour autant. Car il sera question de genre tout au long de la pièce, d’attirance, de refus, de renonciation à ce que l’on est, acceptation des lois « du genre » fatalité des conventions sur les comportements. Se profile un « Siegfrid », radieux Riku Ota, jeune homme interrogeant ses choix, errant parmi la beauté des femmes, oscillant quant à ses désirs, cherchant son être sans paraître à la façon de la danse de Radhouane El Meddeb: être soi, danser et ne pas « faire de la danse », être présent, ému, touché par une atmosphère, un climat, ici celui du doute, de l’amour avoué, de la recherche de soi.Le « groupe », l’assemblée n’a rien ici d’une batterie de cygnes en chorus, en ligne qui battrait désespérément des ailes pour se sortir du cloaque des règles sociétales sur le bien paraître. Etre ensemble, comme des « héros », pour mieux laisser s’envoler, s’échapper les vrais « mobiles » de la destinée de chacun. La danse y est omniprésente, dans une grammaire, un vocabulaire « classique », pointes et demies pointes pour les hommes, mais la syntaxe change, la prosodie se glisse entre les portées de la musique symphonique de Tchaikovski, magistrale mouvance dramatique, truffée de morceaux de « bravoure » attachés aux souvenirs et références. On se plait à ne rien connaitre ni repérer, ni reconnaître de ce qui embarrasserait une lecture nouvelle du livret du « ballet » blanc.

Cygnes abstraits battant des ailes , gracieux, à la façon de volatiles mystérieux, métamorphosés, dissimulant nos êtres de chair transfigurés par la légende. Les danseurs, galvanisés par des états de corps sincères et émouvants, transmettent cette audace de vivre selon ses propres lois, défiant le corps social. Quant les femmes se font tentation, séduction et érotisme, c’est une adresse à l’altérité de chacun: être « soi » comme le nom de la compagnie du chorégraphe, cela va de soi, ici même et surtout par le biais d’une narration, d’un récit des corps confrontés à une dramaturgie à fleur de peau. La peau des gestes effleurant la surface des sens ou imprégnée des fragrances du désir, des effluves du renoncement. De beaux portés en crucifixs, un pas  de quatre qui se démultiplie à l’envi, hommes ou femmes soudés par le rythme et la musique. Une rangée d’hommes puis de femmes nous interrogent frontalement sur nos attitudes et postures. Clins d’œils à la chorégraphie de référence, les cygnes s’agitent sur leurs frêles jambes, parcourus par des mouvements fébriles, en rangées , les bras couronnés ou dans des attitudes suggérant la pudeur, la dissimulation de leur « genre », leur sexualité.
Ici suggestion et vérité s’allient pour révéler un message clair et limpide, eau de source plutôt qu’eau trouble d’un lac immobile. La vie agitée de ses eaux dormantes, réveillées par une écriture actuelle et singulière. Jamais académique même si l’on y rend ses chaussons de pointes, pour en construire un petit édifice abscond, désuet: tas, oripeau ou lambeau de quelque passéisme rangé aux oubliettes.
La musique vivante propulsant les danseurs dans des instants uniques de pulsations, de vie tout comme les costumes épousant de leur virginité parcourue de dentelles et esquisses de formes légères et le jeu est gagné !

Rien ici n’est caricatural, ni détruit, ni passé à la trappe. Le respect des personnes, du récit, sourd de chaque geste, de chaque interrogation. Les regards sont ceux de vivants, d’interprètes saisissant de souffle, de beauté liée à leur présence.
Quand chacun quitte le plateau, esquissant sa propre signature comme adieu, comme signe de complicité, apparaît sur le plateau dénudé, désaffecté, le couple , celui de l’amour, du lien, de la liaison indéfectible d’un être à l’autre, bercé au sein de la communauté, de la compagnie. Scène de folie où les corps chutent et rebondissent, défaits, habités par la rage et la violence des sentiments pour clore l’odyssée du Lac: c’est troublant, émouvant et de toute beauté.Dans ce « Lac » là, la chute est possible, affirmée, le corps est rompu aux lois de la pesanteur, autant légèreté que gravité et gravitation cosmogonique! Céline Nunige portant en elle toute la profondeur d’un personnage double, Odette, Odile ou chaque signe de grâce !

Radhouane El Meddeb, en « bonne compagnie » auprès des danseurs du ballet, magnifiés par une écriture volontaire, habile, espiègle en jonglerie avec un vocabulaire codé, mais pas figé, jamais, au regard de la Danse.Une façon de bâtir des passerelles, des ponts entre langues « étrangères », traduction, interprétation, version très séduisante d’une légende où l’on ne coupe pas les ailes du rêve ou du désir.Même le chef d’orchestre, Hossein Pishkar, vu de la fosse, fait surgir des mouvements de battements d’ailes, envolées lyriques précises et gracieuses !
Surtout, n’assécher pas le « lac » mais render le nous habile et nécessaire pour comprendre le monde et franchir les frontières du convenu, du politiquement correct.
Un coup de maître de ballet !
Et  si l’ovation du public faite aux artistes est légitime et nous rappelle que l’empathie et la catharsis opèrent au delà des conventions, on ressort transportés, euphoriques et enthousiastes! « Avances », disait Gérôme Andrews aux danseurs,et  c’est ainsi que les eaux du lac ne stagnent pas mais sont bien flux et reflux, ressac et vagues perlées du souffle .
De l’audace, toujours de l’audace aux frontispices de la compagnie du Ballet du Rhin, inspirée par le projet de Bruno Bouché : ouvrir grand les bras et accueillir l’indicible ! L’inconnu, le risque et le déséquilibre!

Jean Cocteau disait « il faut assécher le lac des cygnes » à l’occasion des multiples représentations « diplomatiques » du ballet où il devait accompagner les ambassadeurs et où il se plongeait dans l’ennui du déjà vu !…Ambassadrice politique que la danse et ce fameux « lac » où peu de chorégraphes se sont embourbés…

Geneviève Charras

Danse avec la plume

Janvier 2019

Voilà l’un des spectacles les plus attendus de ces derniers mois : Le Lac des cygnes revu par le chorégraphe tunisien Radhouane El Meddeb pour le dynamique Ballet du Rhin. Et l’un des premiers gros projets ambitieux – une création sur une soirée entière et toute une production créée autour – de Bruno Bouché, le directeur remarqué de la troupe depuis déjà deux saisons. Au final, il n’y a pas ici de relecture du Lac des Cygnes, ou un nouveau regard, ou une transgression. Il s’agit plutôt d’une variation autour de, menée par un chorégraphe qui, à l’adolescence, tombe amoureux de ce ballet. Il y a donc peut-être eu des déceptions lors de la première, pour ceux et celles qui s’attendaient à une transformation de ce ballet mythique. N’empêche que cette variation – au-delà d’offrir une partition chorégraphique nourrissante pour la compagnie – est bien menée, assez vive pour séduire le.la néophyte, riche de références pour l’aficionado. Et mine de rien, vient titiller le ballet classique sur plusieurs questions fondamentales, comme le genre du cygne ou la mixité du corps de ballet.

« Un jeune garçon se plonge dans la musique du Lac des cygnes, il entend sa résonance puissante, le monument, la force extraordinaire qui s’impriment en lui […] Un jeune garçon […] est subjugué par la féerie, l’histoire d’amour déchirante, un mélange de conte de fée et de tragédie (tout cela tient dans la cassette audio enregistrée. Un petit trésor du monde de l’enfance, de l’adolescence…) ». En ouverture du programme, les mots de Radhouane El Meddeb donnent le ton. Son Lac des cygnes, c’est une façon de se replonger dans l’enfance, sur ce moment où il rencontre ce ballet, peut-être par hasard, et tombe amoureux de la danse. Sa version, c’est un hommage, et non une relecture. Le titre – Le Lac des cygnes- est ainsi peut-être une erreur, Variations autour de… aurait peut-être été plus juste. Mais tel est le choix du chorégraphe.

Sur scène, le public (re)trouve ainsi la version traditionnelle : celle de Marius Petipa et Lev Ivanov pour les cygnes, celle de Rudolf Noureev pour les variations. Radhouane El Meddeb ne chorégraphie pas autour, mais il met en scène. Il décortique, il s’amuse avec une chorégraphique qu’il doit connaître par coeur, il déconstruit. Une variation devient ainsi un ensemble, un passage d’hommes est dansé par des femmes, Sigefried est aussi un cygne, le corps de ballet est androgyne et mixte. La musique est le vecteur et le liant, même si l’acte III a été complètement oublié (d’où aussi l’erreur du titre : un Lac des cygnes est-il un Lac des cygnes sans Odile ?). Le chorégraphe ne se lance pas dans une nouvelle interprétation, mais s’amuse avec ce ballet. Et le tout est assez bien ficelé pour que l’on ne tombe pas dans un simple enchaînement de variations. Les néophytes profitent ainsi d’une danse musicale et efficace dans sa mise en scène, mettant en valeur une troupe unie ; les habitué.e.s se réjouissent de voir de si nombreux clin d’oeil à un ballet vu et revu (le.la Balletomane, soyez-en sûr, vous aussi vous fredonnerez la deuxième variation du pas de trois quand un danseur s’y lancera en silence).

Ce Lac des cygnes peut ainsi se voir comme un divertissement (ce que l’on ne juge pas négativement), une danse bien menée qui tient le rythme pendant 1h30 et offre une partition chorégraphique nourrie aux interprètes. Mais cela va un peu plus loin que ça. Car mine de rien, ce Lac vient titiller la version originale, et surtout interroger certains fondamentaux de la danse classique que l’on pense immuables. Comment danser un ballet au XXIe siècle ? Comment se servir du langage académique aujourd’hui ? Beaucoup de compagnies de répertoire dans le monde s’interrogent sur ces questions, créent, remontent des versions. La question du genre et du rôle très sexuée de la technique classique n’est cependant que rarement abordée. Dans cette variation de Radhouane El Meddeb, les femmes s’emparent des variations masculines (et le font avec brio), les hommes sont Cygnes sans jouer dans le pastiche – et pris par l’enjeu ? Le travail des bras était globalement plus réussi chez les danseurs que chez les danseuses. Le corps de ballet se fait mixte aussi. Pourquoi, après tout, un cygne ne serait forcément que femme ? Ici, danseurs et danseuses forment un tout. Mélanger les sexes ne crée pas de dissociation dans le travail de corps de ballet, un ensemble se fait car chacun respirant et dansant avec l’autre. Thierry Malandain avait déjà abordé ce travail dans sa Rêverie romantique, un hommage aux Sylphides dans la même veine que ce Lac des cygnes. Il serait intéressant qu’un.e chorégraphe s’empare de ces questions pour une version traditionnelle, pour une compagnie purement classique. La danse classique ne fait pour l’instant qu’effleurer du doigt ces questions.

Comme dit plus haut, ce Lac des cygnes de Radhouane El Meddeb est aussi l’opportunité pour le Ballet du Rhin d’éprouver sa technique plus classique. Et l’on suppose que Bruno Bouché a envie d’élever le niveau. Pour se faire, il faut danser. Les danseuses forment un ensemble plus naturellement homogène et précise dans leur technique, tandis que les danseurs, plus hétérogènes, ont parfois encore du mal face à la virtuosité (ils sont aussi plus sollicités au fil du ballet). Il sera ainsi intéressant de suivre sur ce point l’évolution du groupe au fil des différentes reprises. Le principe se dément cependant du côté des solistes. Céline Nunigé, naturellement plus portée vers le néo-classique, n’est pas forcément le cygne le plus convaincant qu’y soit, trop femme, trop dans la séduction. À l’inverse, Riku Ota est un magnifique meneur de troupe. Tantôt Siegfried, tantôt Cygne aux travail de bras très poétique, il fait preuve d’une superbe danse académique et musicale tout en montrant un charisme d’un soliste-né. Jeune danseur d’une vingtaine d’année, le Ballet du Rhin est son premier engagement après sa formation à l’école du Ballet de Stuttgart. Un jeune talent à suivre de très près et une vraie pépite pour le Ballet du Rhin.

Passons donc enfin sur le troisième acte inexistant pour sauter au final. Et Radhouane El Meddeb y change complètement de point de vue. Il met de côté les pas originaux pour façonner sa propre chorégraphie, beaucoup plus contemporaine. L’on sent cependant que le ballet l’a bercé pendant des années : son final est prenant, se servant avec force de la musique pour un pas de trois – Rothbart apparaît furtivement – d’une grande force dramatique. Riku Ota y est tout aussi surprenant, tandis que Céline Nunigé, naturellement plus à l’aise dans ce registre, déploie toutes ses qualités d’interprètes. Même si le tout est en soi réussi, le parti-pris déstabilise. Pourquoi ne pas avoir joué ce jeu de la variation jusqu’au bout ? Ou au contraire de ne s’être pas lancé dans une relecture totale, ce n’était pas visiblement les idées qui manquaient ? Cela donne finalement un côté bancal au spectacle, alors que tout se tenait plutôt bien jusque-là.

Le Lac des cygnes a connu de multiples variations et relecture au fil de son histoire. Il est toujours intéressant de mettre en exergue ces hommages face à la version traditionnelle. Heureux hasard de la programmation, la tournée parisienne du Ballet du Rhin avec ce spectacle de Radhouane El Meddeb est prévu pour fin mars, soit quelques jours après la fin de la longue série signée Rudolf Noureev à l’Opéra Bastille. Une expérience de spectateur-rice à ne pas manquer.

Amélie Bertrand

danse avec la plume
badish zeidung

Badische Zeitung

Janvier 2019

Radhouane El Meddeb interpretiert in Straßburg « Schwanensee » auf eine ganz neue Weise.

Prinz Siegfried tritt nicht auf. Und auch nicht die verführerische Schwanenprinzessin mit der dunklen Seite, Odette/Odile. Wer nach der Handlung der berühmtesten Choreographie der Ballettgeschichte sucht, muss in Straßburg umdenken. Mit dem Auftrag an den tunesischen Schauspieler, Filmemacher und Choreographen Radhouane El Meddeb, Tschaikowskys Ballettkomposition « Schwanensee » auf die Bühne der mit Mulhouse und Colmar assoziierten Oper zu bringen, schlägt der Leiter des Ballet de l’Opera national du Rhin Bruno Bouché völlig neue Wege ein. El Meddeb hat bis dato noch nie ein klassisches Ballett choreographiert. Und dann gleich die Ikone: Das nennt man Chuzpe. Aber Bouché scheint nichts Geringeres vorzuhaben, als das französische Ballett des 21. Jahrhunderts wenn nicht neu zu erfinden, so doch neu zu positionieren: im europäischen, internationalen Rahmen. Im Lauf der Spielzeit sind noch Astor Piazzollas Tango-Oper « Maria de Buenos Aires » (Premiere 26. April) und « Danser Mahler au XXI siècle » mit dem griechisch-israelischen Choreographen-Duo Harris Gkekas und Shahar Binyamini (Premiere 27. Mai) zu sehen.

« Le Lac des Cygnes » kann man als programmatischen Auftakt dieses Unterfangens verstehen. Nicht nur der Choreograph gehört nicht der Grande Nation an. Am Pult des Orchestre philharmonique de Strasbourg steht der 1988 geborene Teheraner Hossein Pishkar, der das Ensemble engagiert und präzise durch Tschaikowskys Komposition führt, die hier nicht in die üblichen vier Akte eingeteilt ist. Es ist eben alles anders in Straßburg, wo sich zuletzt der damalige Ballettdirektor Bertrand d’At 1998 mit « Schwanensee » auseinandergesetzt hat.

Zunächst einmal schweigt das Orchester, minutenlang, während sich die Tänzerinnen und Tänzer locker auf der fast leeren Bühne verteilen: Ein Kronleuchter und ein grotesk ausladendes Tutu im Hintergrund sind die einzigen Requisiten. Links im Off hängen die klassischen Schwanenkostüme an einer Kleiderstange. Es ist offensichtlich eine Probensituation: Man unterhält sich hier, bildet dort ein Grüppchen. Die Spannung im Publikum steigt: Wann geht es endlich los mit dem Stück, mit der Musik?

Wenn es dann losgeht, muss man alles vergessen, was man über « Schwanensee » zu wissen glaubte. Es gibt keinen Unterschied mehr zwischen Corps de Ballet und Solisten. Damit implodiert das Gerüst des klassischen Tanzes. Die Unterschiede zwischen Frauen und Männern verwischen. Ein Tänzer trägt einen Rock, eine Tänzerin eine der kurzen weißen Shorts, mit denen ihre Kollegen ausstaffiert sind (Kostüme: Celestina Agostino). Auch im Bewegungsvokabular ist eine weitgehende Anpassung der Geschlechter zu verzeichnen: Kein kräftiger Muskelmann hebt hier eine fragile Ballerina in die luftige Höhe, und – was besonders schön und fast auch witzig ist – die Tänzer tun es den Tänzerinnen in den für die traditionelle Choreographie charakteristischen schnellen Croisements gleich – nur ohne Spitzenschuhe. Sie sind eben alle Schwäne – so auch im berühmten « Tanz der kleinen Schwäne », in dem ein Quartett mit gekreuzten Armen eine Linie bildet. Hier sieht man gleich drei Formationen, eine davon rein männlich.

Radhouane El Meddeb – hier ist der Begriff am Platz – dekonstruiert das Vokabular des klassischen Tanzes, ohne es zu denunzieren. Es ist alles da, was das Herz des Ballettfans begehrt: nur nicht mehr in eine Handlung eingebunden oder bestimmten Figuren zugeordnet. Das sieht wie eine Befreiung vom strengen Regelwerk des Balletts aus. Sie wird endgültig vollzogen, wenn sich die Tänzerinnen, erst eine, dann zwei, dann alle der Spitzenschuhe entledigen, die einen kleinen elegischen Haufen bilden. Und dann kommt es dann doch noch zu einem furiosen solistischen Auftritt: Céine Nunigé und Riku Ota tanzen sich in hemmungsloser Raserei buchstäblich in die Erschöpfung. Am Ende erweist der Choreograf jedem einzelnen Mitglied der großartigen Compagnie die Reverenz. Alle treten einzeln an die Rampe und verabschieden sich mit einer individuellen Geste. Ein außerordentlicher, ein denkwürdiger Abend, der mit Standing Ovations gefeiert wurde. Zu Recht.

Bettina Schulte

Chroniques de danse

Janvier 2019

Proposer une relecture d’une des œuvres les plus représentatives de l’histoire de la danse peut toujours sembler un défi exigeant, d’autant plus si le chorégraphe, Radhouane El Meddeb, se distingue de par ses pièces contemporaines.

Le choix de Bruno Bouché, directeur du Ballet de l’Opéra national du Rhin, confirme les propos de son projet artistique visant à développer de nouvelles formes de la danse classique pour qu’elles soient porteuses d’une nouvelle dramaturgie, capable de susciter la réflexion du public et de lui offrir les clés d’une lecture plus contemporaine.

Et voilà ce nouveau Lac des Cygnes, présenté par le Ballet de l’Opéra national du Rhin, une vraie surprise chorégraphique et dramaturgique de par sa construction. Tous les danseurs de la compagnie, trente-deux, sont sur scène. Radhouane El Meddeb ne néglige pas leur patrimoine classique ; au contraire, il en fait l’élément de force, en employant le vocabulaire du ballet.

Mais l’originalité de cette création vient du travail du chorégraphe qui sectionne le sujet original du Lac des Cygnes pour en garder et réimaginer seulement les fragments cruciaux. Et il ne se limite pas seulement à cela. Il les réinterprète en saisissant les sentiments et les enjeux théâtraux qu’ils contiennent. Les actes plus proprement connus comme « blancs » disparaissent, il n’y a plus le dualisme entre cygne blanc et noir et même la présence de Rothbart semble être atténuée.

Néanmoins ce qui ressort de manière limpide est la condition de soumission que les cygnes subissent. Leur capacité de s’exprimer est limitée. En fait, le chorégraphe conçoit de longs passages où les danseurs, indépendamment de leur genre, restent immobiles, enfermés dans leur cinquième position croisée. Cela met en évidence le choix de Radhouane El Meddeb qui chamboule la vision traditionnelle du Lac des Cygnes qui, tout au long des siècles, restait un ballet « féminin ». Seulement Noureev avait valorisé la figure masculine du prince et de son précepteur en l’enrichissant d’une analyse psychologique profonde.

Nous nous trouvons face à une œuvre qui tente d’éliminer toute question du genre. On le remarque notamment dans le Pas de Quatre des Petits Cygnes, normalement dansé par quatre danseuses et qu’ici est ici interprété à la fois, par des danseuses et par des danseurs.

Autre caractéristique de cette relecture : le rapport entre Odette et le Prince n’occupe pas une place centrale dans la construction dramaturgique du ballet. Il y a le moment de la rencontre et de la découverte qui sont rendus sur scène de manière très délicate ; les regards et la proximité des corps des deux interprètes, Céline Nuningé et Riku Ota sont tellement intenses et magnétiques qu’ils attirent l’attention. Seulement dans le final, ils expriment toute la tragédie de l’histoire avec une gestualité très expressive qui va au-delà du simple mouvement dansé.

Démocratiser et dépoussiérer l’ancienne vision du Lac des Cygnes semble être un autre objectif de Radhouane El Meddeb. Le passage où les danseuses, chacune à leur tour, abandonnent sur scène leurs pointes, en témoigne. Cela ne voudrait-il pas signifier abandonner un des plus grands stéréotypes du Lac pour lui redonner une forme de liberté ? Et dans une certaine mesure, on pourrait même interpréter ce geste symboliquement, comme s’il représentait une sorte d’affranchissement de la condition de soumission qui habite les créatures-cygnes.

La musique intemporelle et sublime de Tchaïkovski, jouée par l’Orchestre philarmonique de Strasbourg, accompagne sans aucune dissonance les univers déployés par ce Lac des Cygnes. Le décor très simple, un simple tutu classique blanc, d’autres pendus à une garde-robe située sur un côté de la scène et un lampadaire en cristaux pour évoquer le palais royal, ne distrait pas le public qui peut se plonger complétement et se laisser emporter par les nouveaux chemins dramaturgiques de ce Lac des Cygnes. Une réussite !

Antonella Poli

chroniques de danse
fleur du dimanche

La Fleur du Dimanche

Janvier 2019

Le lac des cygnes de Radhouane El Meddeb déborde d’émotion

Le Lac des Cygnes est à la fois un monument de la danse classique, joué de multiples fois, et une pièce chorégraphiée et interprétée par de prestigieux noms de la danse à travers le XXème – et le 21ème – siècle, mais également un rêve qui a nourri l’imaginaire de milliers de jeunes et d’adultes qui, encore aujourd’hui y trouvent une porte d’entrée pour la danse et un objet à leur quête d’amour et du désir.
C’était bien sûr le cas pour Radhouane El Meddeb qui, jeune à Tunis y a trouvé le ferment de ses rêves d’amour et de changement… Et déjà un penchant vers la danse qui, à l’époque n’était nullement une voie prévisible.
Et quand l’occasion s’est trouvée, invité par Bruno Bouché de participer au projet de questionner les enjeux du ballet contemporain en Europe au XXIème siècle avec cette pièce, il fut à la fois comblé et impressionné d’avoir à se frotter à ce monument, en même temps qu’à un corps de ballet de 32 membres: le Ballet de l’Opéra National du Rhin, fortement ancré dans une culture classique mais qui a balayé toutes les formes de la danse, du baroque au contemporain.

Le résultat est à la hauteur de l’enjeu, le mélange des genres fonctionne à plein. Les 24 danseuses et danseurs qui vont partager le plateau pendant une heure et demie vont nous transporter vers des hauteurs d’envol de la poésie et de la danse avec bonheur.

Le spectacle est bien sûr surprenant, car, après une « prise de plateau » dans le silence, mais dans un constant dialogue de regards avec la salle et leurs partenaires, occupent la scène. Les danseuses, non pas en tutu, mais dans des jupettes tombantes légères et transparentes (sauf deux en short blanc) et en presque robes de mariée, en soie blanche, et les danseurs, eux en short blancs (sauf un, barbu, en jupette), et en maillot en soie transparente.
Et ils vont, toujours dans le silence commencer à danser.

Ce silence, qui, tout au long de la pièce va faire respirer la musique, prouve que la danse et le mouvement préexistent. Et cela va encore mieux nous permettre d’entendre la musique composée par Piotr Illich Tchaïkovski jouée en direct par l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg dirigé avec une très belle sensibilité par Hossein Pishkar.
L’on entend et voit donc doublement ce qui se joue devant nos yeux et les airs qui pourraient être des tubes deviennent un vrai moteur d’émotion.

La scénographie d’Annie Tolleter – qui fait varier le décor d’un studio de répétition, à un musée, un palais, un espace nocturne ou un lac concentre l’attention sur le plateau. Et la discrète mise en lumière d’Eric Wurtz fait passer des vagues argentées sur le rideau de fond, puis un soleil doré, ou met en relief le magnifique lustre princier ou le tutu majestueux inclus dans le fond du décor.
Les protagonistes perturbent les hiérarchies, se donnent le relai de l’un à l’autre sans exclusive affichée ou interprètent des mouvements d’ensemble empathiques, soit en petits groupes, (des fois même cachés derrière une haie de danseurs immobiles), soit dans de grandes envolées collectives mais où chacun garde son individualité. A ce sujet, il faut noter la grande diversité des membres du Ballet, que ce soit en terme de physique que d’origine. Et également la collaboration réussie entre le chorégraphe, les Maitres de ballet Claude Agrafeil et Adrien Boissonnet, et la troupe.

Cela donne un spectacle frais et détonnant, plein d’énergie et d’espoir qui dépousière énergiquement le ballet, même si Radhouane El Meddeb dit qu’il s’est appuyé sur la version de Rudolf Noureev en la posant clairement dans le 21ème Siècle.
Et la fin, surprenante dans sa rupture stylistique va nous faire fondre d’émotion, comme le Lac des Cygnes se doit de le faire avec le duo de Cécile Nunigé et Riku Ota, mais nous n’oubliouns pas tous les autres interprètes qui vont nous « saluer » individuellement.
Bravo les artistes !

La Fleur du Dimanche

Poly Magazine

Janvier 2019

Dans la nouvelle création du Ballet de l’Opéra national du Rhin, Radhouane El Meddeb revisite Le Lac des cygnes. Rencontre avec un chorégraphe atypique, lancé dans un dépoussiérage en règle d’un mythe de la danse classique.

Vos pièces sont marquées par des présences incroyables, une grande émotion, une recherche d’adresse et de place laissée au public. Bien loin des codes du classique où la technique prime et l’approche du regard comme de la face sont totalement différentes…

Mon projet réside dans cette rencontre. J’adore les danseurs et la danse. Le Lac des cygnes cristallise cette excellence de la profession et de la technique. Mes premiers émois viennent de ce ballet et de cette musique que j’ai découverte à la télévision, enfant, en Tunisie. Il y a aussi mon histoire de la danse, cette manière de m’approprier les sujets, les danses, leurs histoires, leurs vocabulaires, leurs techniques, pour les adresser au monde d’aujourd’hui. Ma façon aussi de mettre au centre la notion de l’interprète que je vois comme un citoyen engagé, conscient, qui se nourrit de tout ce qui se passe autour de lui. Je mélange ma démarche, très sensible et fragile à une danse bourgeoise qui ne tient pas compte de l’humanité des uns et des autres, de ceux qui la font comme de ceux qui la regardent d’ailleurs. Il y a comme un défi pour être les plus beaux et une fascination chez les spectateurs qui ne prend pas source dans l’émotion mais dans la technicité.

Ça a frotté avec les danseurs lorsque vous leur avez demandé de ne pas faire ce qu’ils savent faire ?

Oh oui, et ça va continuer à frotter. Nous avons beaucoup parlé, ce qui n’est pas du tout habituel dans la formation des danseurs classiques. Ils sont au service de la danse, là pour la danse qu’ils dansent, et pas là pour nous montrer qui ils sont. Je suis arrivé en leur disant : je ne fais pas de la danse, mais je suis la danse que je fais. Voilà ce que je vous propose. Ils m’ont regardé avec de grands yeux, pleins d’incompréhension : qu’est ce qu’être quelque chose mais ne pas faire ? Cela a été, et est encore, compliqué. Il est difficile de pousser ses limites et opérer des changements fondamentaux. Le sujet est pour eux le vocabulaire, la technique. Ce sont des reproductions historiques et fidèles. Je suis à l’opposé, dans le dépassement, l’intériorité, l’incarnation ici et maintenant. Ce sont deux mondes qui se sont rencontrés avec énormément de résistance. Certains ont été, et sont peut-être encore, dans un étonnement ou un mécontentement, dans une interrogation sur le résultat car ils ont, ce que j’admire d’ailleurs, un respect pour une reproduction fidèle, voire intouchable et sacrée ! J’ai mis les mains dans tout cela, changé des postures, retrafiqué des choses pour les rendre plus humaines. Je ne tords pas le cou au classique. Au contraire, j’essaie de le sublimer, de le rendre un peu plus proche de moi et de nous. Je souhaite lui redonner un souffle contemporain et universel que chacun puisse regarder sans cette sublimation de la performance physique.

Vous partez de la version du Lac des cygnes modernisée par Rudolf Noureev dans les années 1980. Il en fait un long rêve du prince et un jeu de doubles et d’interdits. Qu’y apportez-vous ?

Noureev a énormément développé la psychologie des personnages. J’ai pris cette version pour son excellence technique qui la rend très difficile à danser. Sa quête dans son parcours m’a touché. Il a écrit son Lac pour montrer qui il était après avoir quitté son pays pour Paris, ce qui me plait. J’ai essayé de souligner des choses que lui-même relevait tout en mettant de mon rêve personnel : j’ai reçu deux chocs, la découverte de Tchaïkovski et de la danse. Je gomme un peu le rêve initial du prince. Je suis aussi en rupture avec la hiérarchie et les attributions de rôles. Mes danseurs sont tous le prince et Odette. Nous avons tous une part d’Odile en nous et le cygne noir n’apparait pas, même s’il est, lui aussi, en chacun. Tous seront le cygne. Cela fait écho à l’une de mes problématiques récurrentes autour du genre. On l’observe dans le dédoublement. Je me concentre sur cette histoire d’amour que chacun traversera un jour : le doute, la quête de l’autre… Quand on est amoureux, on est tous femme, tous homme. On ne sait plus quel genre on est ni où on veut aller. L’amour nous suspend entre ciel et terre.

Les danseurs connaissaient-ils votre travail ?

Je ne crois pas. Je suis un ovni dans un palais, avec ma corpulence, ma manière de faire, de parler. Les danseurs me regardent comme un étranger à la danse. Mais je serais ravi de revenir dans deux trois ans pour voir quel chemin cette expérience aura fait en eux.

Plusieurs fins existent. Laquelle avez-vous choisie ?

J’accumule les choses dans cette urgence aujourd’hui de dire une certaine catastrophe qui nous menace, et dont Strasbourg a été victime il y a quelques jours. Je la sens dans mon corps. J’essaie de voir comment cette histoire d’amour connecte, réellement ou pas. Je passe par un rapport à la danse et à l’épuisement qui est nécessaire : comment peutil raconter le ballet, alerter sur ce tsunami qui peut nous anéantir ? Et ils le seront anéantis. Peut-être que la musique est plus forte que nous…

Au final, qu’est ce qui vous rendra satisfait ?

Je suis très content de ce qu’on produit. J’ai toujours fonctionné en essayant d’aller au-delà de mes limites, d’ouvrir d’autres portes et de pousser les fenêtres pour me placer en des endroits sans confort. Il ne me va pas, j’aime les eaux troubles. Un danseur a évidemment peur de cela, peur de se blesser, de rater… Je commence à voir de la lumière en eux et j’espère qu’ils le seront, lumineux. Je leur ai donné pas mal d’images et de références. J’ai essayé de les nourrir, de parler de Pessoa et son rapport à l’intranquillité, cette chose sous-jacente qui ronge avec beaucoup de poésie, j’ai aussi conseillé Nostalghia de Tarkovski, et à d’autres des images de corps chez le cinéaste Angelopoulos où l’on voit les gens se regarder, se parler, s’accompagner. On est loin de l’oeuvre du répertoire qu’ils maîtrisent et connaissent. Je leur dis souvent que je fais les choses pour eux, avec eux puis contre eux.

Propos recueillis par Thomas Flagel

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Janvier 2019

Une vision contemporaine du « Lac des cygnes » à l’Opéra national du Rhin

L’Opéra national du Rhin présente jusqu’au 3 février une version contemporaine du célébrissime « Lac des Cygnes ». Le chorégraphe Radhouane El Meddeb a cassé de nombreux codes pour revisiter l’un des ballets classiques les plus connus au monde. Une performance.

Si cette approche du « Lac des cygnes » est résolument contemporaine, le langage de la danse reste, lui, classique. Sur la musique de Tchaïkovski, les 32 danseurs de l’Opéra National Du Rhin, presque tous constamment sur scène, proposent bien un ballet classique. L’adaptation tient davantage dans le temps du spectacle, une heure trente seulement mais aussi dans la narration et les messages que le chorégraphe a voulu faire passer.

Reportage : M. Schmitt / M. Pouchin / S. Teissier

Une vision contemporaine du « Lac des cygnes »
Radhouane El Meddeb, issu des arts du cirque puis du hip-hop ne propose pas là une énième version du « Lac des cygnes » mais bien sa vision du ballet tout en respectant le répertoire.

Il ne raconte pas une histoire, il va raconter des histoires. C’est là que l’on est dans une vraie proposition contemporaine. On peut chacun se raconter sa propre histoire en regardant le ballet du « Lac des cygnes » chorégraphié par Radhouane El Meddeb. Ça vient coller à nos propres images, nos propres fantasmes et nos propres désirs d’absolu.
Bruno Bouché, Directeur du Ballet de l’Opéra national du Rhin

Place aux émotions
Le chorégraphe s’est beaucoup inspiré de l’approche freudienne du ballet de Noureev créé en 1984 pour l’Opéra de Paris. Il laisse une large place à l’émotion plutôt qu’à l’exécution des mouvements.

C’est une version qui est sur des émotions assumées. Il ne s’agit pas de faire ressortir le bien et le mal, faire comprendre ce qui est bien ou mal, c’est beaucoup plus nuancé et compliqué, comme dans la vie.
Marin Delavaud, Danseur

En cassant les codes, Radhouane El Meddeb propose un « Lac des Cygnes » totalement inédit et actuel. Il s’agit d’un réel moment de partage autour des sentiments d’amour et de solitude.

Le ballet est joué jusqu’au 15 janvier à Strarbourg, puis à Colmar et enfin à Mulhouse jusqu’au 3 février 2019.

Marion Gadea