Radhouane El Meddeb

Chorégraphe – Interprète

Radhouane El Meddeb - Portrait 2016 - Photo Agathe Poupenay

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Radhouane El Meddeb, l’artiste, n’est pas né dans la danse. Il y est (de)venu.

C’est dans le théâtre, qu’il s’épanouit tout d’abord. Tunis, fin des années 80 (puis 90) : un mouvement théâtral, plein d’effervescence inventive, implique intensément ses interpètes dans l’édification de personnages en lien intégral avec le monde. Cet engagement de soi, Radhouane El Meddeb l’affirmera plus fort encore, en déclarant ensuite son attirance pour la danse.

Qu’est-ce qu’un corps ? Le corps, c’est la personne, toute entière, jusqu’au-delà des mots. En la danse, une abstraction permet de toucher plus loin. Le solo Pour en finir avec MOI, acte fondateur, en 2005, est le premier d’une série qui voit Radhouane El Meddeb revenir toujours à cette forme de présence en nom et en corps propres. La forme du solo inclut sa part de « descente aux enfers », elle « frôle l’intime, sans le violer ». La Compagnie de SOI est fondée dans le même mouvement. La compagnie de soi ? C’est dire qu’avec soi, on est déjà en compagnie, en dialogue avec son double, et l’invention de son récit.

Le corps de Radhouane El Meddeb est atypique sur les plateaux chorégraphiques. Il s’est nourri de la diversité de ses expériences expressives ; non d’une formation en danse systématique et exclusive. Le geste de Radhouane El Meddeb assume sa narrativité. Cela le rend particulièrement lisible. Or il ne s’épargne rien dans l’acharnement d’une saisie vigoureuse, parfois insistant à l’extrême. Une étrangeté déborde en figures insolites, puisant dans un regard sans concession. Le trouble d’une inquiétude grave peut l’atteindre ici ; ailleurs, une pointe d’ironie irrespectueuse.

Chorégraphe, Radhouane El Meddeb orchestre tout autant des pièces de groupe, aux effectifs développés. Elles se forgent dans des temps de partage très impliqué, par un engagement fort dans le processus. C’est un art de l’investissement interprétatif. Pareilles pièces restent très cousines des solos dansés ailleurs par l’artiste lui-même.

Toujours s’y conjugue une part d’introspection personnelle dans le regard actif porté sur le monde. En solo ou en groupe, ce lien de l’intime au collectif, au politique, n’ignore rien du chaos humain. Souvent l’anime la lecture, amoureuse et parfois inquiète, d’une culture arabo-musulmane, perçue au filtre douloureux de l’exil. C’est un exil que Radhouane El Meddeb a pleinement assumé, quand il choisit de s’implanter en France, par quête d’épanouissement dans son expression artistique.

Quand il le met en jeu sur le plateau, ce legs tunisien est pétri d’ardente poésie, consumé dans une exaltation de la beauté, voire empreint d’une franche sensualité, mais également transporté d’élévation spirituelle. Nourri de ce passé magnifique, très concerné par un futur qui n’a, décidément, rien d’évident, le propos de Radhouane El Meddeb résonne profondément au temps présent.

Contemporaine, son écriture embrasse généreusement le monde, pour mieux y capter des vibrations parmi les plus fines, et sourdes. D’où une danse étonnamment limpide, pour toucher ce qu’il y aurait, au fond, de moins simple.

Gérard Mayen
Critique de danse – Mai 2018

Biographie

Formé à l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Tunis, Radhouane El Meddeb est consacré « jeune espoir du théâtre tunisien » en 1996 par la section Tunisie de l’Institut International de Théâtre. Il est ensuite recruté comme comédien dans le cadre de l’atelier de formation et de recherche du Théâtre National de Toulouse sous la direction de Jacques Rosner.

En Tunisie, il collabore avec Fadhel Jaîbi, Taoufik Jebali et Mohamed Driss, artistes phares du monde arabe.

En France, il travaille avec les metteurs en scène Jacques Rosner, Lotfi Achour et Catherine Boskowitz, et il collabore artistiquement avec des auteurs contemporains tels que Natacha de Pontcharra, Abdel Hakim et Camille de Toledo. Au cinéma, il joue dans deux films de Férid Boughedir Un été à la Goulette et Halfaouine, l’enfant des terrasses.

Durant ces années consacrées au théâtre, il travaille ponctuellement avec des chorégraphes tunisiens en tant qu’interprète et collaborateur artistique. En danse, outre sa participation à plusieurs stages, notamment avec Jean-Laurent Sasportès et Lisa Nelson, il a collaboré à la conception, dramaturgie et lumières de plusieurs créations chorégraphiques.

Parce que le théâtre ne lui suffit plus, en 2005, il signe sa première création, un solo Pour en finir avec MOI, comme une introspection intime, une expérience vitale. Une véritable révélation qui le fait entrer dans la danse et devenir chorégraphe-interprète. Présenté aux Rencontres chorégraphiques de Carthage, ce spectacle est repéré par les professionnels, et constitue un moment charnière dans sa carrière. Il fonde la Compagnie de SOI en 2006.

Il multiplie ensuite les créations en France, en commençant, par le solo Hûwà, Ce lui pour Montpellier Danse 2006. En 2007, il intègre la distribution de 1000 Départs de Muscles, création d’Héla Fattoumi et Éric Lamoureux, au Centre Chorégraphique Nationale de Caen Basse Normandie. En 2008, il créé Quelqu’un va danser… pour les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis. Cette même année, il conçoit au Centre National de la Danse à Pantin (CND) la performance Je danse et je vous en donne à bouffer.

En 2008 et 2009, Radhouane El Meddeb intervient dans le cadre des dispositifs « Corps produit, corps productif » organisé par les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis et « Mon corps mon lieu » notamment soutenu par la Fondation Culture et Diversité. Il s’agit d’ateliers de sensibilisation à la danse contemporaine, de transmission d’écriture chorégraphique auprès d’un public large, réunissant à la fois des jeunes issus de Zones d’Éducation Prioritaire, des femmes adhérentes aux associations de quartiers, ou encore des personnes âgées.

En 2010, il crée au CND sa première pièce de groupe Ce que nous sommes, pour cinq danseurs. En décembre 2010, il crée en collaboration avec Stéphane Gombert Chant d’amour, autour du roman « Notre dame des fleurs » et du film « Chant d’amour » de Jean Genet, présenté au Collectif 12 à Mantes la Jolie. Le processus de création commence dès 2009 au Théâtre Babel à Beyrouth avec le soutien du Centre culturel français.

De janvier 2011 à l’été 2017, Radhouane El Meddeb est artiste associé au CENTQUATRE-PARIS. Il y présente A l’Etroit en mars 2011, une création à l’initiative du Festival Concordan(s)e et en collaboration avec l’auteur Philippe Adam. Il met en scène la performance Tunis, le 14 janvier 2011 au Beirut Art Center au Liban à l’occasion du Meeting Point 6, curaté par Okwui Enwezor.

En juillet 2012 au Festival Montpellier Danse, il crée et interprète le solo Sous leurs pieds, le paradis, dont il partage l’écriture chorégraphique avec Thomas Lebrun. La même année, les circassiens, Matias Pilet et Alexandre Fournier l’invitent à chorégraphier leur duo Nos limites, produit et présenté en 2013 au CENTQUATREPARIS.

Parallèlement à ses créations, Radhouane El Meddeb est désigné rapporteur pour la scénographie, la mise en scène et la chorégraphie, au jury chargé de la sélection des pensionnaires de l’Académie de France à Rome pour les années 2012 et 2013. En février 2014, Radhouane El Meddeb crée Au temps où les arabes dansaient… au Centre de Développement Chorégraphique Toulouse Midi Pyrénées puis au CENTQUATRE-PARIS en mars 2014.

En 2015, avec le soutien du Centre des Monuments Nationaux et dans le cadre de la première édition de la manifestation Monuments en Mouvements, et dans la programmation du festival Séquence Danse, Radhouane El Meddeb donne la première de Heroes, prélude, pièce pour dix interprètes issues des danses urbaines, au Panthéon à Paris, qui accueille pour la première fois de la danse contemporaine.

En juin 2015, invité par la Biennale Collège de la danse à Venise, il chorégraphie Nous serons tous des étrangers au Campo San Trovaso, pour des interprètes italiens.

Pour Montpellier danse 2016, Radhouane El Meddeb, crée et interprète le solo A mon père, une dernière danse et un premier baiser. Parallèlement il poursuit le travail mené avec les interprètes de Heroes, prélude, ce qui donnera lieu à une nouvelle création qui s’intitule Heroes, présentée au Festival de Marseille Danse et Arts Multiples 2016. Quelque mois plus tard, à la demande de LACE (Los Angeles Contemporary Exhibitions) il crée O Solitude, My Sweetest Choice avec des danseurs américains, dont la première a lieu le 2 décembre 2016.

En juillet 2017, il se produit pour la première fois au Festival d’Avignon avec Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire, une création avec 10 interprètes tunisiens.

Pour la saison 2018 / 2019, le chorégraphe créera un Lac des Cygnes avec le ballet de l’Opéra National du Rhin (32 danseurs), dont la première aura lieu le 10 janvier 2019 à l’Opéra de Strasbourg ; et AMOUR-S, un trio inspiré par la poésie « Lorsque l’amour vous fait signe, suivez-le » de l’artiste libanais Gibran Khalil Gibran.

Biography

Trained at the Higher Institute of Dramatic Art of Tunis, he is recognized as “The young hopeful of the Tunisian theatre” in 1996 by the Tunisian Section of the International Theatre Institute. He is, then, recruited as an actor within the training and research workshop of the National Theatre of Toulouse under the direction of Jacques Rosner. In Tunisia, he works with Fadhel Jaibi, Taoufik Jebali and Mohamed Driss, highly influential artists in the Arab world. In France, he works with the directors Jacques Rosner, Lotfi Achour and Catherine Boskowitz, and he collaborates artistically with contemporary authors such as Natacha de Pontcharra, Adel Hakim and Camille de Toledo. As a movie actor, he appeared in two films by Férid Boughdir, Un Eté à la Goulette / A Summer at La Goulette and Halfaouine, l’Enfant des Terrasses / Halfaouine, The child of Terrace Roofs.

Throughout those years devoted to the theatre, he worked in the same time with Tunisian choreographers, as an interpreter and an artistic collaborator. Being quite fond of dancing, he is equally nurtured by classes directed by Lisa Nelson and Jean Laurent Sasportès in Europe.

Because he felt the need for an artistic experience other than the theatre, he signed for his first creation in 2005, a solo dance entitled Pour en finir avec MOI / To finish with MY SELF, as an intimate introspection and a vital experience. A real revelation that will make him go into dancing and become a choreographer-interpreter. Once performed at the Rencontres Chorégraphiques de Carthage / The Choreography festival of Carthage, this show has identified by professionals, a turning point in his career. Then, he signed several creations in France, beginning in the following year, with his solo dance Huwa, ce lui / Huwa, that one for Montpellier Danse 2006.

In 2007, he joined the casting of 1000 Départs de Muscles / 1000 Starting Muscles, a creation of Héla Fattoumi and Eric Lamoureux.

In 2008, he presented his creation Quelqu’un va danser… / Someone’s going to dance…  at the International Choreography Festival of Seine-Saint-Denis. In the same year, he created Je danse et je vous en donne à bouffer / I dance and give you food at the Centre National de la Danse in Pantin (CND / The National Dance Center).

In 2008 and 2009, Radhouane El Meddeb participated to Corps produit, corps productif / Produced body, producing body, held by the International Choreography Festival of Seine-Saint-Denis and to Mon corps, mon lieu / My body, my place, supported by the Fondation Culture et Diversité. These workshops attempt to raise awareness of contemporary dancing and to transmit choreographic composition to a large audience, bringing together young people coming from Zones d’Education Prioritaire (Areas of Priority Education), women members of neighborhood associations and also elderly people.

In 2010, he created his first group show, at the CND, Ce que nous sommes / What we are, with five dancers, which has been on tour in France for two years. In December 2010, he collaborated with Stéphane Gombert in Chant d’amour / Love Song, a creation about a novel and a film by Jean Genet, which they performed at the Collectif 12, Mantes la Jolie. The creation process begun as early as 2009, at the Babel Theatre in Beirut, with the support of the French Cultural Center.

Starting from January 2011, Radhouane El Meddeb became an associate artist at the CENTQUATRE-PARIS. A l’Etroit / In a narrow situation is created there in March 2011, a creation initiated by the festival concordan(s)e and in collaboration with Philip Adam.

In the same year, he directed the performance Tunis, January 14 2001 at the Beirut Art Center in Lebanon on the occasion of the Meeting Point 6.

In July 2012, at the Montpellier Danse Festival, he created and danced the solo dance Sous leurs pieds, le paradis / Under their feets, the heaven, whose choreographic composition is shared with Thomas Lebrun. In 2012, he is invited by Matias Pilet and Alexandre Fournier to choreograph the nouveau cirque duo Nos limites / Our limits, created in 2013 at the CENTQUATRE-PARIS. In parallel with his creations, Radhouane El Meddeb is designated as a reporter for scenography, direction and choreography for the jury in charge of the selection of pensioners of the French Academy in Rome for the years 2012 and 2013.

In 2014, he created a new group show Au temps où les Arabes dansaient… / In the days when the Arabs were dancing… a performance for 4 dancers, within the International Festival CDC Toulouse and région Midi-Pyrénées and at the CENTQUATRE- PARIS.

In 2015, with the support of the National Monuments Centre and in the frame of the first edition of the event Monuments en Mouvements / Monuments in Movements, Radhouane El Meddeb presented the premiere of Heroes, prelude, performance for 10 urban dancers, at Pantheon in Paris, which hosted contemporary dance for the first time. In June 2015, he’s invited by the College of Dance Biennale in Venice, he choreographed Nous sommes tous étrangers / We are all Foreigners at Campo San Trovaso, with Italian interpreters.

In 2016, Radhouane El Meddeb continues the work with interpreters of Heroes prelude. The premiere of this new creation called Heroes is presented at the Festival of Marseille – Dance and Arts Multiples 2016. He also creates the solo A mon père, une dernière danse et un premier baiser / To my father, one last dance and a first kiss that is presented at Montpellier Danse 2016.

In November-December 2016 he creates a group piece in Los Angeles, USA, with local performers, O Solitude, My Sweetest Choice, for LACE (Los Angeles Contemporary Exhibitions), commissioned by curator Shoghig Halajian. In 2017, out of his wish to transmit and share his experience, he give a series of master classes in Havana, Cuba, as part of the project Investigación y escritura coreográficas Danze en Construcción.

In July 2017 he creates at the Cloître des Carmes, for the 71st edition of the Festival d’Avignon, a group piece for 7 dancers, 1 actor and 2 musicians, Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire (Facing the Sea, for Tears to Turn into Laughter).

For the 2018/2019 season, the choreographer will create one Lac des Cygnes / Swan Lake with the ballet of the National Opera of Rhin (32 dancers), the first of which will take place on January 10, 2019 at the Strasbourg Opera; and AMOUR-S / LOVE-S, a trio inspired by the poem « When love beckons you, follow it » by the Lebanese artist Gibran Khalil Gibran.